Le Pays incertain de Grégory Rateau
Véritable cri du cœur, Le Pays incertain de Grégory Rateau développe, derrière son regard désespéré, une certaine idée du compagnonnage, invitant toutes les âmes égarées et marginales à embrasser un rapport poétique, presque charnel, au monde et aux autres.
Mêlant prose et vers, il se joue des codes traditionnels pour forger une poésie empreinte d’une indépendance qui reflète sa conception de la liberté. Dans la poursuite de ses précédents textes, il sollicite notamment la figure bien connue du poète maudit : « Mes rêves aussi circulaient sans-papier. » Mais cette marginalité ne semble pas tant résulter d’une mise au ban de la société que d’une condition intrinsèque à la voix poétique, dont nous soupçonnons la volonté de se retirer elle-même d’un monde qu’elle ne comprend pas et qui ne la comprend pas : « Paria de naissance, mon isolement serait voulu et non un dû. » Pour autant, ce retrait est chargé d’une profonde colère : « Je fais de mes rimes des sacs remplis de colère. » La marge est un pays incertain, ni tout à fait dedans ni tout à faite en dehors, où l’on subit la violence du monde et de ses faux-semblants. La poésie devient alors un moyen de reprendre le contrôle, de s’affirmer et de transcender le regard que l’on porte sur le monde. Elle est un exutoire, une tentative de rendre tangible ce qui ronge le poète de l’intérieur.
Le recours aux vers libres fait écho à cette figure d’un poète libre de tout dogme : prépondérance de l’oralité et rejet des structures poétiques trop rigides. La voix poétique acquiert une dimension plus spontanée, presque bestiale. Ce désir de liberté encourage également le poète à chercher à faire cohabiter le classique et le moderne, comme en témoignent d’étonnantes associations : « Dans la vase, des Nike peroxydées, de vieux manuels constellés de pierres » ; « Le prêtre martyr de 1789 au Jedi défroqué ».
Le Pays incertain cherche avant tout à rendre compte du désespoir et de la condition humaine. Derrière la dimension subjective et individuelle que comprend l’emploi de la première personne, c’est un véritable récit collectif qui ressort des poèmes de Grégory Rateau.