Les guerres de Religion sous la direction de Nicolas Le Roux
Cet ouvrage collectif décentre le regard français habituel, avec une approche transnationale des guerres de Religion, qui ont durablement transformé l’Europe et forment le cadre d’une histoire commune.
Comme « les Années folles » ou « les Trente Glorieuses », « les guerres de Religion » sont un chrononyme attribué a posteriori. Dans la mémoire collective, il couvre une période de conflits religieux en Europe entre 1520 et 1598, avec pour point de départ la rupture entre Luther et Charles Quint à propos des indulgences. Cet ouvrage collectif décentre le regard français habituel, avec des chapitres sur le Saint-Empire romain germanique, l’Angleterre, l’Espagne, les Pays-Bas, l’Italie et la France, mais toujours avec une approche transnationale.
Le panorama des luttes religieuses laisse apparaître une logique de solidarité confessionnelle qui se double d’enjeux territoriaux et militaires. Si l’Espagne et la France combattent le protestantisme, le Roi catholique soutient la maison de Guise pour affaiblir son voisin et voit les Pays-Bas se révolter. La monarchie espagnole tente de déstabiliser Élisabeth Ire, qui doit contenir la menace catholique dans son propre pays. L’Angleterre et la France se retrouvent alliés contre l’Espagne et les protestants du Saint-Empire, quant à eux, viennent en aide aux huguenots français.
Le chapitre « La stratégie européenne du parti huguenot » met en valeur les relations militaires et diplomatiques du camp protestant en relevant ses dissensions internes et théologiques. Si le protestantisme tombe en France, la réforme est menacée partout en Europe. Dans ce cadre, le « parti » protestant peut rassembler, au gré des alliances, Pays-Bas espagnols, Angleterre, princes allemands, certains cantons suisses, République de Genève, Danemark, Suède et protestants français. Une véritable diplomatie parallèle, qui met à mal l’autorité légitime, se met en place, avec émissaires et lettres de créances. Si Henri IV y met fin, elle a néanmoins façonné sa politique étrangère et structure pour longtemps les relations entre les pays du continent.
À hauteur d’hommes et de femmes, l’épilogue évoque l’expérience de la guerre, sa violence, sa singularité mais également sa banalité, où un voisin, un ami, un parent ou une relation d’affaires peut devenir votre ennemi. Comment vivre en temps de guerre civile, lorsque la politisation de la vie privée, où tout le monde prend parti, peut entraîner des conséquences jusqu’au cœur d’une même famille ? Dans ce siècle, où « l’urgence n’était pas alors climatique, mais eschatologique », la haine de l’autre rencontrait des moments d’acceptation de l’altérité. Imbrication des conflits inter-étatiques et religieux, modification du rapport à la vie privée, question nouvelle de la liberté de conscience et de culte, circulation de l’information par l’essor du livre, nouvel équilibre politique européen, ces guerres de Religion ont durablement transformé l’Europe et forment le cadre d’une histoire commune.