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Notes de lecture

Dans le même numéro

Les jeux du monde de Jean-Pierre Augustin et Pascal Gillon

Géopolitique de la flamme olympique Préface de Thierry Terret

janv./févr. 2022

Des compétitions sportives sont organisées à Olympie, en Grèce, tous les quatre ans de 776 avant J.-C. jusqu’à 393 et renaissent, sporadiquement au cours du xixe siècle, au point de convaincre le Français Pierre de Coubertin (1863-1937) de les relancer au nom de la fraternité entre les peuples. Infatigable entremetteur, il réussit à activer le Comité international olympique (CIO), installé en terrain neutre à Lausanne, qui réalise les Jeux olympiques de 1896 à Athènes, avec 14 pays présents, 43 épreuves, 241 participants (les femmes ne sont pas admises), 250 000 spectateurs et le roi Georges Ier qui ouvre la compétition, dans un stade en marbre sponsorisé par de riches Grecs.

Dorénavant, ce sont 205 pays qui voient défiler leurs équipes de sportifs accompagnées d’une armada d’entraîneurs, de médecins, de conseillers, sans oublier les milliers de journalistes qui « couvrent » l’événement. En 2016 à Rio, ce sont 306 épreuves qui se déroulent, mobilisant 11 289 sportifs, dont 5 057 femmes, pour 28 sports et 42 disciplines ! L’hymne olympique est composé par Spýros Samáras et écrit par Kostís Palamás en 1896, le drapeau des cinq anneaux enlacés qui symbolise les cinq continents date de 1914, le serment est promulgué en 1920, la flamme est instituée en 1928 : toute une mythologie est ainsi construite pour la « beauté du sport », sans pour autant cacher le dopage, le sexisme et l’incroyable masse d’argent que les contrats de retransmissions et de publicité génèrent… Les marques qui sponsorisent les JO sont puissantes : Airbnb, Atos, Coca Cola, General Electric, McDonald’s, Visa… Quant aux enjeux télévisuels, ils sont également énormes, l’on a dénombré 5 milliards de téléspectateurs en 2016 ! Comme le précisent les auteurs, deux excellents géographes du monde sportif : « L’olympisme a failli à son projet original qui valorisait la neutralité politique, l’amateurisme et la pratique de l’excellence plus que le spectacle ; il est devenu un substitut incapable de résister au déferlement nationaliste et à l’ultra-libéralisme économique. »

La guerre froide va stimuler les deux blocs ennemis à se battre par sportifs interposés, d’où une « fabrique » médicalisée des champions soviétiques et allemands de l’Est. Cette dernière nation semble disparaître des podiums après la chute du Mur… L’Inde demeure un mystère, aucune médaille et peu d’engouement populaire envers les JO, l’Afrique subit encore les séquelles du colonialisme et du mal-développement, sauf les coureurs éthiopiens et la Marocaine Nawal El Moutawakel, femme, arabe et musulmane, médaille d’or, en 1984, au 400 mètres haies…

La géohistoire de l’olympisme est tumultueuse et les auteurs en éclairent toutes les zones d’ombre. Cet ouvrage particulièrement bien documenté présente aussi les principales critiques adressées à l’olympisme et s’attardent sur le choix des villes et les chantiers qui en résultent. Toutes les villes olympiques ne pensent pas l’après pour réutiliser les équipements, souvent coûteux et surdimensionnés et rarement aux normes environnementales. Les auteurs appellent à d’autres jeux…

Armand Colin, 2021
224 p. 22 €

Thierry Paquot

Philosophe, professeur à l'Institut d'urbanisme de Paris, il est spécialiste des questions urbaines et architecturales, et participe activement au débat sur la ville et ses transformations actuelles. Thierry Paquot a beaucoup contribué à diffuser l'oeuvre d'Ivan Illich en France (voir sa préface à Ivan Illich, La Découverte, 2012), et poursuit ses explorations philosophiques du lien entre nature,…

Dans le même numéro

L’amour des marges. Autour de Michel de Certeau

Comment écrire l’histoire des marges ? Cette question traverse l’œuvre de Michel de Certeau, dans sa dimension théorique, mais aussi pratique : Certeau ne s’installe en effet dans aucune discipline, et aborde chaque domaine en transfuge, tandis que son principal objet d’étude est la façon dont un désir fait face à l’institution. À un moment où, tant historiquement que politiquement, la politique des marges semble avoir été effacée par le capitalisme mondialisé, l’essor des géants du numérique et toutes les formes de contrôle qui en résultent, il est particulièrement intéressant de se demander où sont passées les marges, comment les penser, et en quel sens leur expérience est encore possible. Ce dossier, coordonné par Guillaume Le Blanc, propose d’aborder ces questions en parcourant l’œuvre de Michel de Certeau, afin de faire voir les vertus créatrices et critiques que recèlent les marges. À lire aussi dans ce numéro : La société française s’est-elle droitisée ?, les partis-mouvements, le populisme chrétien, l’internement des Ouïghours, le pacte de Glasgow, et un tombeau pour Proust.