Quand la ville se prend aux jeux. Concevoir des microarchitectures sportives dans l’espace urbain Sous la dir. de Fiona Meadows
L'architecte Fiona Meadows nous invite les lecteurs à imaginer une façon de déployer des activités physiques et ludiques variées dans un espace public plus ouvert, qui, comme la cour de récréation, ne constitue pas pour les enfants un espace linéaire.
Faire pousser la nouveauté est le projet du concours Mini Maousse dont voici la 9e édition, toujours en partenariat avec la Cité de l’architecture et du patrimoine et l’École supérieure du bois, accompagnées, cette année, par l’intercommunalité de Saint-Denis.
Pour beaucoup d’enfants des villes, « jouer dehors est devenu un luxe ». Certes, on peut trouver ici et là un équipement signalant un espace dédié à une pratique ludique ou sportive ciblée, mais se présentant généralement comme une enclave spécifique dans l’espace public. Comment alors déployer des activités physiques et ludiques variées dans un espace public plus ouvert, dont il est par ailleurs rappelé que, comme la cour de récréation, il ne constitue pas pour les enfants un espace linéaire ? De la même façon, c’est bien la relation entre le corps et l’espace urbain qui est centrale dans l’expérience des sports de rue : « L’espace est corporellement jugé […] de la même manière que l’espace mesure les corps. » Dans certaines pratiques sportives urbaines (skate, roller, BMX), c’est de toute évidence « l’indécision spatiale qui attire ». Et pour « les champions de sports extrêmes », un lieu urbain précis peut devenir un « spot », un lieu de défis sportifs, de spectacles, de légendes. Ces stratégies de détournement des espaces urbains constituent également la dynamique d’une pratique artistique mettant en scène le sport. Buisson de poteaux et de panneaux de basket (Jacques Julien), terrain de tennis installé sur les escaliers gradins de la Bibliothèque nationale de France ou tables de ping-pong en forme de pièce de puzzle (Laurent Perbos) : si les dimensions sont réglementaires, la pratique sportive reste à inventer. Quittant leur « posture d’attente », les joueurs ont à imaginer « la beauté du geste ». Combien plus raisonnable paraît alors « le concept de design actif » mis en avant par les concepteurs d’espaces de jeux, invitant chacun à « bouger sans s’en rendre compte ».
Des quarante-trois micro-architectures sportives présentées en seconde partie, on constate que la majorité des structures, puissamment colorées, est photographiée en plongée depuis un point haut ou par drone. Le résultat est extraordinaire et s’apparente au microprocesseur colorisé, aux dessins de sable des aborigènes ou aux mandalas étoilés, ou encore, plus proche de nous, au parcours psychédélique du flipper. Vu de haut, des villes déroulent ainsi de splendides tapis d’éveil. Allant d’étonnement en étonnement, on découvre alors la stupéfiante réalisation d’Andrés Carretero et Carolina Klocker (Madrid) : une longue rue secrète, « délimitée par un mur courbe et un mur droit […] lentement envahie par la végétation et les débris », qui, aux beaux jours, va être nettoyée et remplie de sable fin, pour devenir un immense parcours de dunes ; pour accentuer le contraste, toutes les photos des enfants en pleine activité physique sur le sable ont été prises en noir et blanc. De la même façon, « l’aire de jeux express », à construire en glace et en neige en moins d’une semaine lors du Kiruna Snow Festival (Suède), fait découvrir aux enfants comme aux adultes la joie de sentir le matériau lors de l’activité physique.
Si l’objectif de ce concours est « de concevoir une petite architecture qui fasse le maximum », l’élément de départ imposé est « un plateau de remorque (5, 06 × 2, 15 mètres) pour un poids maximum de 2 970 kg », dont « le mode de traction est à proposer pour le concours ». Les lauréats des quatre projets retenus offrent d’étonnantes solutions pour aménager de façon adaptée chaque espace d’accueil et le transformer en une véritable place publique dédiée aux jeux, au sport et à la convivialité. On peut lire chaque projet comme une réflexion ingénieuse et délicate à partir d’un double mouvement de regroupement et de dispersion. Regrouper pour faire événement à partager, disperser de façon équilibrée dans l’espace imparti pour permettre une variété d’activités. « Bike away » (Mathilde Dell’Aera, lauréate), avec son attelage de six vélos produisant l’énergie indispensable pour le fonctionnement du grand écran, déploie aussi une série d’arceaux lumineux permettant des jeux à vélo ; la partie plateforme regroupe « un stand de smoothies », un point information avec terrasse et des toilettes écologiques. « Le marché du sport » (Marius Entemeyer, Fiona Larrive et Antonin Palabaud, lauréats) reprend « le modèle du marché de plein vent » ; à partir d’une armature bois aux dimensions normalisées, des formes cubiques légères peuvent être alignées, « permettant aux usagers de participer à la construction », pour abriter de multiples activités. « La navette » (Martin Lichtig, lauréat) affirme pleinement son choix de la « mise en scène du sport » ; suivant les moments de la journée, ou plutôt de la nuit, le plateau remorque, entouré de quelques structures satellites, passe d’un café de rue équipé de panneaux d’information à un ring de boxe pour match en plein air, puis à un plateau pour spectacle de breakdance ou encore à un espace technique de projection. Enfin, « Box-out » (Defne Elver, Charlotte Mallet et Andrea Vinzant, lauréates) déplie tout un véritable jeu d’astuces autour de trois boîtes dites « totems », chacune d’elles contenant un matériel varié, mais aussi pouvant se déplier, s’ouvrir et faire surgir un espace de jeux, à la manière combinée d’un paravent et d’un pop-up.
À travers une variété de réponses, souvent contrastées, tous les participants ont su accorder leur projet avec le périmètre étendu de la demande, « créer un univers sportif, festif, inclusif et culturel », et avec l’espace limité, défini à chaque arrêt de cet itinéraire nomade. À vous de jouer !