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De l’écologie à l’écocritique

L’écologie s’est imposée ces dernières années comme une nouvelle matrice de l’engagement en littérature. La défense des écosystèmes ou le décentrement par rapport à la perspective humaine sont à la fois les vecteurs d’un positionnement politique et d’un renouveau esthétique. Que faut-il attendre de cette tendance ?

Pas plus que la politique, l’économie ou la philosophie, la littérature n’a été exemptée d’un tournant écologique qui a transformé en quelques générations le rapport au monde de l’Occident : allant à l’encontre d’une longue tradition faisant de la littérature la mise en scène du conflit des « hommes en action » (Aristote), la critique s’est mise à découvrir l’importance, massive et ancienne, du monde naturel et animal chez les écrivains. Si les littératures d’intervention contemporaines qui dénoncent l’industrialisation de l’animal (Jean-Baptiste Del Amo dans Règne animal ou Arno Bertina dans Des châteaux qui brûlent), ou les expérimentations littéraires cherchant à réfuter le « spécisme » en nous faisant vivre la vie d’un arbre (L’Arbre-Monde de Richard Powers) ou d’un animal (À la table des hommes de Sylvie Germain, adoptant le point de vue d’un cochon ; Tombouctou de Paul Auster celui d’un chien), en sont les pointes les plus spectaculaires, l’écologie est en passe de devenir une grille herméneutique essentielle pour la critique littéraire. Trouvant sa source dans le

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Alexandre Gefen

Historien des idées et de la littérature, critique littéraire, Alexandre Gefen est Directeur de Recherche au CNRS. Il a également fondé le site internet Fabula, consacré à la recherche en littérature. Il est l'auteur de Réparer le monde. La littérature française face au XXIe siècle (José Corti, 2017), et de L'Idée de la littérature (Éditions Corti, 2021).…

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On oppose souvent science et croyance, comme si ces deux régimes de discours n’avaient rien de commun. Pourtant, l’expérience nous apprend que c’est généralement quand l’un des deux fait défaut que l’autre subit une crise. Dans le contexte pandémique actuel, l’incapacité des experts et des gouvernants à rendre compte dans l’espace public des conditions selon lesquelles s’élaborent les vérités scientifiques, aussi bien qu’à reconnaître la part de ce que nous ne savions pas, a fini par rendre suspecte toute parole d’autorité et par faciliter la circulation et l’adhésion aux théories les plus fumeuses. Comment s’articulent aujourd’hui les registres de la science et de la croyance ? C’est à cette question que s’attache le présent dossier, coordonné par le philosophe Camille Riquier, avec les contributions de Jean-Claude Eslin, Michaël Fœssel, Bernard Perret, Jean-Louis Schlegel, Isabelle Stengers. À lire aussi dans ce numéro : l’avenir de l’Irak, les monopoles numériques, les enseignants et la laïcité, et l’écocritique.