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L'énigme de la démocratie sauvage

janv./févr. 2019

La démocratie sauvage dessine une troisième voie entre totalitarisme et conservatisme : celle de la revendication de droits nouveaux. Sans cette fragile puissance de désordre, la démocratie institutionnelle peut dériver vers le totalitarisme. 

Parmi les énigmes qui traversent l’œuvre de Claude Lefort se trouve l’étrange notion de «démocratie sauvage». À l’exception de Miguel Abensour qui lui a consacré un texte essentiel[1], ce concept n’a guère occupé les commentateurs jusqu’à ce jour. Peut-être l’ont-ils jugée marginale puisqu’on n’en dénombre, si l’on suit Arthur Guichoux ici même, que six occurrences dans l’œuvre de Lefort. Maigre inventaire, en effet.

J’aimerais toutefois me risquer ici à une lecture qui signalerait l’importance de cette notion et permettrait de lever quelques-unes des incertitudes qui demeurent dans notre compréhension de la démocratie chez Lefort, en donnant à cette dernière une dimension plus radicale que celle proposée par la plupart des interprétations et, doit-on sans doute ajouter, par Lefort lui-même en certaines circonstances.

Avant d’aller plus loin, il faut noter que l’adjectif « sauvage » a lui-même une existence un peu souterraine dans l’œuvre de Lefort. Il y a bien sûr le long article d’hommage à Merleau-Ponty dans ce numéro des Temps modernes de 1961. Lefort d&eacut

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Antoine Chollet

Maître d'enseignement et de recherche en pensée politique au centre Walras-Pareto de l'Université de Lausanne, Antoine CHollet est l'auteur des Temps de la démocratie (Dalloz, 2011).

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Largement sous-estimée, l’œuvre de Claude Lefort porte pourtant une exigence de démocratie radicale, considère le totalitarisme comme une possibilité permanente de la modernité et élabore une politique de droits de l’homme social. Selon Justine Lacroix et Michaël Fœssel, qui coordonnent le dossier, ces aspects permettent de penser les inquiétudes démocratiques contemporaines. À lire aussi dans ce numéro : un droit à la vérité dans les sorties de conflit, Paul Virilio et l’architecture après le bunker, la religion civile en Chine, les voyages de Sergio Pitol, l’écologie de Debra Granik et le temps de l’exil selon Rithy Panh.