DR : Le Jeudi
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La réparation du monde

Repères philosophiques pour une société post-carbone

Malgré l’état de nos connaissances, nous peinons à engager la transition énergétique. Il faut la présenter comme un projet de société qui substitue la coopération et la solidarité à la compétition et l’égoïsme, un projet éthique de transformation de soi qui favorise les vertus de considération, de justice et de sobriété, et un projet politique qui associe l’autonomie des citoyens et le volontarisme des gouvernements pour lutter contre les groupes de pression.

Au rythme actuel des rejets de gaz à effet de serre (Ges) dans ­l’atmosphère, notre « budget carbone » visant à limiter le réchauffement global à deux degrés Celsius aura été épuisé en moins de vingt ans. Nous devons donc sans tarder transformer un système énergétique reposant à 80 % sur trois sources fossiles : charbon, pétrole, gaz[1]. Dans la mesure où notre économie dépend des énergies fossiles, la lutte contre le réchauffement climatique requiert une réorganisation des échanges et du travail et un changement dans nos styles de vie. La transition énergétique est inséparable de la transition écologique, laquelle implique une reconversion de l’économie qui ne peut plus se fonder sur une croissance illimitée et sur l’illusion d’une disponibilité infinie des ressources. Cette rupture par rapport au modèle actuel de développement passe aussi par un remaniement complet de nos valeurs et de nos manières d’être. Or il semble que ce soit cet aspect qui représente le défi le plus difficile à surmonter.

En effet, nous ne nous manquons pas de solutions pour opérer le passage à une économie décarbonée. Le

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Corine Pelluchon

Spécialiste de philosophie morale et politique et d'éthique appliquée Corine Pelluchon est professeure de philosophie à l'Université Paris-Est-Marne-La-Vallée. Elle a récemment publié Ethique de la considération (Seuil, 2018).

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Fausses nouvelles, désinformation, théories du complot : les vérités sont bien fragiles à l’ère de la post-vérité. Les manipulations de l’information prospèrent dans un contexte de défiance envers les élites, de profusion désordonnée d’informations, d’affirmations identitaires et de puissance des plateformes numériques. Quelles sont les conséquences politiques de ce régime d’indifférence à la vérité ? Constitue-t-il une menace pour la démocratie ? Peut-on y répondre ? A lire aussi dans ce numéro : un dossier autour d’Achille Mbembe explorent la fabrication de « déchets d’hommes » aux frontières de l’Europe, des repères philosophiques pour une société post-carbone, une analyse de ce masque le consentement dans l’affaire Anna Stubblefield et des recensions de l’actualité politique, culturelle et éditoriale.

 

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