Film Leave No Trace | Copyright 2018 Sony Pictures Entertainment Deutschland GmbH
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Écologie, care et scepticisme

Leave no trace de Debra Granik

Le film délicat et discret de Debra Granik, sur un père et sa fille vivant retirés dans une forêt, éclaire l’Amérique des marges. Il montre, dans une esthétique réaliste et poétique, les rapports de soin pour les êtres proches et la nature, la tentation de la fuite, l’inquiétude, l’émancipation et l’espoir d’une Amérique meilleure.

Après Winter’s Bone (2010) et Down to the Bone (2004), le troisième opus de Debra Granik, Leave no trace[1], éclaire l’état de l’Amérique de Donald Trump. Splendide récit du détachement d’une adolescente vivant avec son père dans un isolement parfait en pleine forêt, il impose de s’arrêter sur ce cinéma dont la force et la grâce consistent précisément à passer inaperçu. La mise en scène réussit ici à proportion de sa discrétion, de sa capacité à fondre la fiction dans le milieu où elle s’inscrit avec une précision toute documentaire. Elle donne à ressentir les souffrances de deux êtres, père et fille, arrimés l’un à l’autre, isolés pour tenter de renaître au monde qui les entoure. À la fois portrait précieux d’une «Amérique sous antidépresseurs[2]» et fenêtre sur l’actualité du perfectionnisme moral d’Emerson et de Thoreau, le film permet de penser nos souffrances intimes tout en nous invitant à transformer notre rapport au monde pour mieux l’approcher,

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Élise Domenach

Maître de conférence en études cinématographiques à l’Ecole normale supérieure de Lyon, elle est notamment l’auteure de Stanley Cavell, le cinéma et le scepticisme (PUF, 2011).

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Largement sous-estimée, l’œuvre de Claude Lefort porte pourtant une exigence de démocratie radicale, considère le totalitarisme comme une possibilité permanente de la modernité et élabore une politique de droits de l’homme social. Selon Justine Lacroix et Michaël Fœssel, qui coordonnent le dossier, ces aspects permettent de penser les inquiétudes démocratiques contemporaines. À lire aussi dans ce numéro : un droit à la vérité dans les sorties de conflit, Paul Virilio et l’architecture après le bunker, la religion civile en Chine, les voyages de Sergio Pitol, l’écologie de Debra Granik et le temps de l’exil selon Rithy Panh.