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Nomadland · Copyright Walt Disney Company
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Pour une écocritique philosophique. Nomadland de Chloé Zhao

décembre 2021

Avec Nomadland, Chloé Zhao donne à voir l’envers et le négatif des mythes fondateurs américains. À travers les errances du personnage de Fern, brillamment interprété par Frances McDormand, la cinéaste met en scène la précarité et les mobilités forcées produites par les logiques économiques contemporaines.

Nomadland de Chloé Zhao (2020) s’ouvre sur les cendres encore fumantes d’une ville américaine, Empire, qui vient d’être rayée de la carte administrative après la fermeture de l’usine United States Gypsum, spécialisée dans les plaques de plâtre, qui employait la quasi-totalité de ses habitants1. Sur les ruines de cet ironique « empire » débute la trajectoire d’un magnifique personnage de fiction. Fern, la soixantaine sèche et rude, est interprétée par la grande Frances McDormand. Un rideau de ferraille se lève comme une paupière sur la blancheur d’un paysage urbain gelé ; le paysage s’ouvre derrière Fern qui rassemble quelques affaires. Ce plan, qui inverse les célèbres encadrements de portes des westerns fordiens sur une silhouette de cow-boy s’enfonçant dans le désert, signale l’un des enjeux du film, et de tout un cinéma américain qui nous enchante depuis deux décennies. Enjeu magnifiquement résumé par Judith Revault d’Allonnes dans son livre sur une sœur de cinéma de Chloé Zhao : Kelly Reichardt. L’Amérique retraversée2. Retraverser espaces et mythes fondateurs américains, dans le regard de ceux qui vacillent. Ici, prendre la route.

Fern ne part pas pour renaître ou rebâtir ailleurs, ni même pour s’offrir la liberté du départ. Elle part parce qu’elle a tout perdu. Le mouvement du film s’accroche au fil

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Élise Domenach

Élise Domenach est maîtresse de conférences, habilitée à diriger des recherches, en études cinématographiques à l’École normale supérieure de Lyon. Elle a récemment dirigé L’écran de nos pensées. Stanley Cavell, la philosophie et le cinéma (ENS Éditions, 2021). Elle est également l’autrice de Le paradigme Fukushima au cinéma. Ce que voir veut dire (2011-2013), à paraître chez Mimesis en avril…

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Le changement climatique a donné un nouveau visage à l’idée de fin du monde, qui verrait s’effondrer notre civilisation et s’abolir le temps. Alors que les approches traditionnellement rédemptrices de la fin du monde permettaient d’apprivoiser cette fin en la ritualisant, la perspective contemporaine de l’effondrement nous met en difficulté sur deux plans, intimement liés : celui de notre expérience du temps, et celui de la possibilité de l’action dans ce temps. Ce dossier, coordonné par Nicolas Léger et Anne Dujin, a voulu se pencher sur cet état de « sursis » dans lequel nous paraissons nous être, paradoxalement, installés. À lire aussi dans ce numéro : le califat des réformistes, la question woke, un hommage à Jean-Luc Nancy, la Colombie fragmentée, la condition cubaine selon Leonardo Padura, et penser en Chine.