Photo : Gabrielle Henderson
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Rire pour se protéger du monde

L’ironie est devenue, dans nos démocraties occidentales, une habitude de pensée qui permet de prendre ses distances vis-à-vis d’une réalité navrante tout en gardant bonne conscience. Mais il n’en va pas de même partout, tout le temps ; il existe un cycle de l’ironie. En France sous la monarchie de Juillet, en Tunisie sous Ben Ali, elle est efficace. Peut-on retrouver cette ironie des commencements ?

Imagine-t-on vivre sans ironie ? Pour peu que l’on considère sérieusement cette option, alors la réponse est non. Le renoncement à l’ironie nous laisserait vulnérables, trop brutalement exposés ici et maintenant à tout ce que nous côtoyons et désapprouvons sans pour autant nous croire capables d’y changer grand-chose. Providentielle ironie ! Telle une carapace hérissée de piques, elle nous protège. Du même coup elle sauvegarde notre intégrité et supplée comme par magie à notre impuissance.

Elle seule en effet nous permet de supporter ce que nous n’aimons guère, puisqu’en une antiphrase, en un clin d’œil complice, elle nous permet de prendre nos distances – presque des distances de sécurité, comme celles que l’on observe au volant pour éviter les chocs. Appliquée à la vie quotidienne, l’ironie est un réflexe extrêmement actuel. Car le monde qui nous entoure offre assez peu matière à l’adhésion enthousiaste, on en conviendra ; peut-être est-ce même sa principale caractéristique, très lisible notamment sur le plan politique. Ce monde, le nôtre, incite plutôt aux réticenc

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Ève Charrin

Journaliste pour la presse économique, elle a vécu en Inde et en Belgique. Elle s'intéresse à l’expérience contemporaine de la globalisation, notamment à ses expressions littéraires, et au contraste des imaginaires qui s’y échangent.   Elle a publié L’Inde à l’assaut du monde, Paris, Grasset, 2007 et La Voiture du peuple et le sac Vuitton. L’imaginaire des objets, Paris, Fayard, 2013.…

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