Le cratère d'explosion (au premier plan) et le silo à grains du port de Beyrouth (à l'extrême gauche de la photo) après la catastrophe, 9 août 2020 | Via Wikimédia
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Beyrouth, capitale du pessimisme

novembre 2020

À Beyrouth, pour lutter contre l’épidémie, gérer la crise économique et assurer la reconstruction du port, mieux vaudrait un État organisé qu’une oligarchie aux abois.

À Beyrouth, les discussions politiques sont habituellement animées et les échanges avec les amis libanais souvent édifiants, quand les faits les plus ordinaires de la vie quotidienne rencontrent la grande histoire. Aux terrasses, rares sont les événements du quartier qui ne sont pas la cause indirecte ou la conséquence lointaine d’une conférence internationale ; l’épisode politique le plus apparemment banal ne se comprend qu’en regard d’une histoire multiséculaire. Si Jérusalem est la ville des grandes religions, Beyrouth est le lieu de croisement de toutes leurs ramifications. En ce mois d’août 2020, non seulement les cafés fermés pour cause de confinement ont cédé la place aux échanges WhatsApp – première tristesse – mais les amis ont surtout perdu le goût du débat. L’avenir du monde ou ses origines ont cédé la place, dans les discussions, aux risques d’effondrement. Beyrouth est devenue la capitale du pessimisme.

Une double crise

Les deux causes essentielles du drame libanais sont connues. La première est un système politique désormais aux mains d’un petit nombre issu de tous les camps de la guerre civile, qui fait de la préservation des intérêts individuels ou de clans son objectif ultime. La seconde est une crise économique et financière exceptionnelle. Les uns parlent de bulle financière libanaise, les autres d’effondrement d’une pyramide de Ponzi, pour finalement dire la même chose : l’économie libanaise s’est fracassée lorsque sa diaspora n’a plus e

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François Crémieux

Directeur général adjoint de l'AP-HP, il est proche de la revue Esprit depuis son engagement dans les Balkans dans les années 1990, et membre de son comité de rédaction. Spécialiste des politiques de santé et de l'économie de la santé, il s'intéresse également aux questions d'éthique, et au cinéma. Il est l'auteur de Paris-Bichac (Michalon, 1995).…

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La récente vague de manifestations contre le racisme et les violences policières a montré qu’une partie de la jeunesse française a le sentiment d’étouffer. En choisissant de prêter attention à ce qu’elle exprime, on distingue d’abord une demande d’égalité et de justice : loin de constituer un défi aux principes républicains, celle-ci entend plutôt en actualiser l’héritage. À lire aussi dans ce numéro : l’unité européenne après la réunification allemande, le chemin du djihad, les cinq piliers de la laïcité, les pouvoirs de la Cour suprême et la rentrée littéraire.