Place du Capitole. 11 ou 12 juin 1968. Vue d'ensemble en contre-plongée des manifestants, une partie d'entre-eux sont assis par terre. Cliché pris durant les évènements de Mai 68 à Toulouse.
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Que reste-t-il de la politique après Mai 68 ? Entretien avec Jean-Loup Thébaud

Propos recueillis par Michaël Foessel et Olivier Mongin

Mai 68, au-delà des grèves et des violences, fut l’expérience sensible d’un désinvestissement de la machine sociale qui permit de parler de tout, qui remit en question l’idée d’une avant-garde intellectuelle et qui joua un rôle d’éducateur politique.

Mai 68 apparaît comme un suspens. Quel sens pouvait avoir ce vide pour ceux qui ont vécu l’événement ? Comment a-t-il affecté la pensée politique de cette génération et son rapport à l’histoire ?

Parler de suspens rencontre bien quelque chose de l’expérience. Ce qui peut malgré tout autoriser une hésitation ou une réserve à l’endroit de cette caractérisation, c’est que le terme appelle ou suppose une résolution, implique une dramaturgie. Or ce serait, à l’employer, risquer de préjuger, d’aller au-delà de ce qui fut l’expérience sensible première, celle de tous, indépendamment des visées politiques de chacun, quand il y en eut. Au fond, je crois que celle-ci pourrait se formuler d’une manière assez heureuse et au plus près, en reprenant le titre de Gébé : «On arrête tout, on réfléchit, et c’est pas triste[1]. » Ce fut en effet, avant toute construction, l’expérience saisissante d’un gigantesque et général désinvestissement de la machine sociale. Tout l’ordinaire des jours s’effondre, comme une sorte de « réduction » de l’attitude

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Jean-Loup Thébaud

Jean-Loup Thébaud est philosophe, il a notamment travaillé sur Jan Patocka et Hans-Georg Gadamer. Il a publié une discussion avec Jean-François Lyotard, Au juste (Paris, Christian Bourgois, 2006).

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