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Culte de l'internet et transparence : l'héritage de la philosophie américaine

Avec WikiLeaks ou Facebook, l’internet valorise de multiples manières la transparence : publicité des documents contre la raison d’État, présentation de soi sans intermédiaire et sans retrait privé sur les réseaux sociaux. Pour la philosophe Magali Bessone, loin d’être un simple effet des nouvelles technologies, cette valorisation s’inscrit dans la tradition philosophique américaine d’Emerson et Thoreau. Mais au lieu d’accomplir le projet philosophique du transcendantalisme, l’idéologie de la visibilité peut aussi le caricaturer et le trahir.

Le début du xxie siècle a vu l’émergence puis l’utilisation massive d’un nouveau dispositif technique destiné, dans l’esprit de ses créateurs puis de ses partisans les plus militants, à élaborer une « société mondiale de l’information et de la communication » : l’internet. Le présent article n’a pas la prétention d’étudier les usages effectifs de l’internet, dont on a vu encore récemment qu’ils sont incroyablement variés, imprévus et sans doute toujours à inventer. L’objet de l’article est de se pencher sur le discours qui a accompagné la naissance et le développement de l’internet. On peut en effet souligner à quel point l’internet fait l’objet d’un véritable culte1 qui s’inscrit dans la célébration de l’utopie de la transparence et appelle de ses vœux la création d’un nouveau lien social fondé sur la séparation des corps et l’union des consciences.

Ce discours peut être situé entre idéologie et utopie, qui ont en commun d’exprimer des structures de l’imagi

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Magali Bessone

Professeur de philosophie à l'université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, elle est notamment l'auteur de Sans distinction de race ? Une analyse critique du concept de race et ses effets pratiques (Vrin, 2013).

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