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Du sujet de droit au sujet libidinal

L’emprise du numérique sur nos sociétés

Les technologies numériques sont régies par un principe de commodité qui engourdit l’esprit, consacre le sujet libidinal, sert le capitalisme des big data et aboutit à un illibéralisme des modes de vie.

Il se pourrait bien que le secret le plus intime de l’extension du numérique dans nos sociétés soit aussi ce qui se montre avec le plus d’évidence : son caractère éminemment pratique. «Oui, mais c’est tellement pratique!» est la réaction la mieux partagée du monde, celle qui désarme la critique et abolit toute résistance. Le scandale Cambridge Analytica[1], les compromissions de Facebook[2] et toutes les bombes à retardement qui exploseront un jour n’y font, pour l’instant, rien : les utilisateurs lambda des outils numériques continuent de se connecter, de livrer leurs données, et ne rechignent pas à se faire géolocaliser ou à s’exposer sur les réseaux sociaux. Tout cela est un moindre mal, au regard des services rendus, tellement pratiques ! Si l’on veut donc tenter de percer le mystère de l’emprise du numérique, c’est sur ce caractère pratique lui-même qu’il faut d’abord s’interroger, car c’est en lui que pourraient bien se lover les prémices des évolutions sociales et anthropologiques du futur.

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Mark Hunyadi

Professeur de philosophie sociale, morale et politique à l’université catholique de Louvai, il a récemment publié Le Temps du posthumanisme. Un diagnostic d'époque (Les Belles Lettres, 2018).

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Coordonné par Jean-Yves Potel, le dossier analyse le succès du gouvernement du Parti Droit et justice (PiS) en Pologne. Récupérant un mécontentement semblable à celui que l'on perçoit ailleurs en Europe, le régime s'appuie sur le discrédit des élites libérales et le rejet des étrangers pour promouvoir une souveraineté et une fierté nationale retrouvées. Il justifie ainsi un ensemble de mesures sociales mais aussi la mise au pas des journalistes et des juges, et une posture de défi vis à vis des institutions européennes, qu'il n'est pas pour autant question de quitter. À lire aussi dans ce numéro : les nouveaux cahiers de doléance en France, l’emprise du numérique, l’anniversaire de la révolution iranienne, l’antisémitisme sans fin et la pensée écologique.