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Image par Colin Behrens de Pixabay
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Fausses nouvelles : trouble dans la croyance

L’adhésion aux fausses nouvelles recouvre une réalité plus complexe qu’on le croit. Loin de relever simplement de la crédulité du public, elle engage une multitude de régimes de croyance, allant de la fiction au mensonge à soi-même, qui invitent à interroger la position idéologique qu’elle traduit toujours.

Depuis le cycle politique ouvert en 2016 et les soupçons d’une ingérence russe dans la campagne présidentielle états-unienne, les pouvoirs publics démocratiques (et les réseaux sociaux) cherchent par divers moyens à traquer et à tarir les sources de fausses nouvelles sur Internet. La réception et la rediffusion de ces fausses nouvelles par le public n’ont pas suscité la même réaction, pour des raisons juridiques (et commerciales) évidentes, mais aussi parce qu’il était tentant de voir dans le partage apparemment approbateur de fausses informations le signe de la crédulité d’une partie des citoyens, à laquelle il convenait de remédier par des moyens autres que coercitifs, tels le fact checking et l’éducation aux médias.

Cet article analyse, d’un point de vue philosophique, la forme d’adhésion qu’expriment ceux qui partagent ou commentent positivement les fausses nouvelles, en particulier politiques. Parce que ce sont des affirmations fausses qui se présentent comme de l’information véritable, et étant donné la massification préoccupante du phénomène depuis 2016, les fausses nouvelles ont surtout été examinées par l’épistémologie, notamment sociale, et la philosophie politique. La première cherche à déterminer les ressorts de la croyance aux fausses informations, les modalités de leur diffusion, et à identifier les outils épistémologiques qui permettraient de lutter contre. La seconde s’interroge sur les intentions politiques de leurs producteurs et

Lecture réservée aux abonnés : L'indépendance d'Esprit, c'est grâce à vous !

Juliette Roussin

Professeure adjointe en philosophie à l’université de Laval, Juliette Roussin a notamment dirigé, avec Mathilde Unger, « Frontiers of responsibility for global justice » (Journal of Social Philosophy, 49/3, 2018).

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L’essor sans précédent d’Internet et des nouvelles technologies de l’information a transformé en profondeur le rapport des citoyens à la participation civique. Si elle a permis des progrès incontestables, cette révolution numérique pose également des défis pour la préservation du débat en démocratie. Le bouleversement introduit par le numérique dans la délibération publique semble en effet remettre en cause les exigences traditionnellement associées au débat démocratique, comme l’égalité d’accès, le contrôle public des instances de modération, la fiabilité de l’information ou le pluralisme des courants d’expression. Quelles stratégies adopter pour faire face aux dérives qui touchent aujourd’hui le débat sur Internet ? Le dossier, coordonné par Romain Badouard et Charles Girard, examine la propagation des fausses nouvelles, la mobilisation de nouveaux publics, les pouvoirs de régulations privés et la déstabilisation des cadres juridiques. À lire aussi dans ce numéro : le naufrage moral de l’Église, qui sont les talibans ?, gouverner la pandémie et une rencontre avec Pierre Bergounioux.