Photo : Gilles Lambert
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De la classe virtuelle aux ouvriers du clic

La servicialisation du travail à l'heure des plateformes numériques

Contrairement au fantasme d’une classe virtuelle de travailleurs libérés par le travail, la flexibilité des services de micro-tâches, que remplissent tous les usagers des plateformes numériques, ne profite qu’aux entreprises de la Silicon Valley.

La culture et l’ethos du numérique ont été bâtis sur un malentendu foncier : que le modèle de la libre entreprise «californienne» porterait une idéologie qui accommode en même temps les droites libérales pro-marché et les gauches libertaires issues de la contre-culture du xxe siècle. En réalité, le numérique que nous connaissons et sa philosophie de l’activité travaillée sont nés en réaction à ces aspirations et en représentent le démantèlement.

Les aspirations de la « classe virtuelle »

C’est dans l’essai éponyme publié en 1996 par Richard Barbrook et Andrew Cameron que la notion de «Californian ideology» s’est pour la première fois articulée avec la reconnaissance d’une classe sociale «virtuelle» vouée à devenir l’équivalent de l’élite des ouvriers spécialisés du xxe siècle[18]. Ces «artisans hi-tech» seraient non seulement bien

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Antonio Casilli

Maître de conférences en humanités numériques à Télécom ParisTech et chercheur au Centre Edgar-Morin de l’EHESS. Ses recherches portent principalement sur la politique, la santé et les usages informatiques. Il a mené plusieurs terrains d’enquête internationaux (notamment aux EU, en Chine et au Brésil). Depuis 2009, il coordonne des projets de recherche sur les réseaux sociaux en ligne,...

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Loin d’être neutres, les entreprises technologiques de la Silicon Valley portent un véritable projet politique. Pour les auteurs de ce dossier, coordonné par Emmanuel Alloa et Jean-Baptiste Soufron, il consiste en une réinterprétation de l’idéal égalitaire, qui fait abstraction des singularités et produit de nouvelles formes d’exclusions. Ce projet favorise un capitalisme de la surveillance et son armée de travailleurs flexibles. À lire aussi dans ce numéro : perspectives, faux-semblants et idées reçues sur l’Europe, le génocide interminable des Tutsi du Rwanda et un entretien avec Joël Pommerat.