Photo : Siavash Ghanbari via Unsplash
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Fatigués mais actifs

La résilience par temps de pandémie

L’épidémie a produit un horizon aux perspectives bouchées, dans lequel il est très difficile de miser sur l’avenir. Dans cette situation, la solution viendra peut-être des doctrines de développement personnel, qui mettent en avant la résilience.

La première vague de l’épidémie de Covid-19 en Europe et les premières mesures de confinement strict annoncées en mars 2020 semblent bien loin aujourd’hui. À cette époque, l’interruption forcée des routines professionnelles ou familiales était souvent associée, du moins chez ceux qui n’étaient pas plongés dans de trop grandes difficultés économiques ou sanitaires, à une opportunité individuelle et collective – pour autant qu’on puisse s’en saisir bien sûr. Cette représentation d’une crise comme dépositaire d’un immense potentiel porte la marque du jeu de langage du développement personnel (self-help) : enfin délestés, de gré ou de force, des chaînes du stress, de la routine et du rythme infernal, les humains libérés des contraintes du monde professionnel et des conventions sociales allaient pouvoir travailler sur ce qui importe, expérimenter une forme d’authenticité personnelle et relationnelle, et refaire le monde d’après pour que celui-ci tourne plus rond1.

De l’opportunité à la fatigue mentale

Quatre saisons plus tard, l’humeur semble pourtant bien différente. La « crise » sanitaire est devenue structurelle, et ce qui était envisagé il y a un an comme un sprint s’est transformé en un marathon dans le brouillard. S’il était alors commun de s’interroger, dans les cénacles scientifiques comme dans l’espace public, sur les « bienfaits » du confinement

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Nicolas Marquis

Professeur de sociologie à l’université Saint-Louis – Bruxelles, Nicolas Marquis est l’auteur de Du bien-être au marché du malaise. La société du développement personnel (Presses universitaires de France, 2014).

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Les enquêtes de santé publique font état d’une épidémie de fatigue dans le contexte de la crise sanitaire. La santé mentale constitue-t-elle une « troisième vague  » ou bien est-elle une nouvelle donne sociale ? L’hypothèse suivie dans ce dossier, coordonné par Jonathan Chalier et Alain Ehrenberg, est que la santé mentale est notre attitude collective à l’égard de la contingence, dans des sociétés où l’autonomie est devenue la condition commune. L’épidémie ne provoque pas tant notre fatigue qu’elle l’accentue. Cette dernière vient en retour révéler la société dans laquelle nous vivons – et celle dans laquelle nous souhaiterions vivre. À lire aussi dans ce numéro : archives et politique du secret, la laïcité vue de Londres, l’impossible décentralisation, Michel Leiris ou la bifurcation et Marc Ferro, un historien libre.