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Fatigués mais actifs

La résilience par temps de pandémie

L’épidémie a produit un horizon aux perspectives bouchées, dans lequel il est très difficile de miser sur l’avenir. Dans cette situation, la solution viendra peut-être des doctrines de développement personnel, qui mettent en avant la résilience.

La première vague de l’épidémie de Covid-19 en Europe et les premières mesures de confinement strict annoncées en mars 2020 semblent bien loin aujourd’hui. À cette époque, l’interruption forcée des routines professionnelles ou familiales était souvent associée, du moins chez ceux qui n’étaient pas plongés dans de trop grandes difficultés économiques ou sanitaires, à une opportunité individuelle et collective – pour autant qu’on puisse s’en saisir bien sûr. Cette représentation d’une crise comme dépositaire d’un immense potentiel porte la marque du jeu de langage du développement personnel (self-help) : enfin délestés, de gré ou de force, des chaînes du stress, de la routine et du rythme infernal, les humains libérés des contraintes du monde professionnel et des conventions sociales allaient pouvoir travailler sur ce qui importe, expérimenter une forme d’authenticité personnelle et relationnelle, et refaire le monde d’après pour que celui-ci tourne plus rond1.

De l’opportunité à la fatigue mentale

Quatre saisons plus tard, l’humeur semble pourtant bien différente. La « crise » sanitaire est devenue structurelle, et ce qui était envisagé il y a un an comme un sprint s’est transformé en un marathon dans le brouillard. S’il était alors commun de s’interroger, dans les cénacles scientifiques comme dans l’espace public, sur les « bienfaits » du confinement2 et de chercher à identifier ce que l’on pourrait conserver dans le monde d’après, la question aujourd’hui semble plutôt la suivante : comment faire pour ne pas être trop durablement traumatisés, pour pouvoir reprendre goût aux choses, individuellement et collectivement ?

C’est dans ce contexte qu’est (ré)apparu un terme pour qualifier les difficultés à faire face à cette situation qui se prolonge : la fatigue pandémique. Elle est définie par l’Organisation mondiale de la santé comme une « perte de motivation dans le suivi des recommandations en vue de se protéger et de protéger les autres du virus3 ». Cependant, appréhender la fatigue et les risques qu’elle pose en termes de (manque de) respect des consignes sanitaires semble aujourd’hui bien étroit, tant l’inquiétude grandit sur ce que l’épidémie « fait » aux personnes et à leur façon d’être au monde.

L’appréhension hygiéniste ou épidémiologiste de la fatigue met en lumière un paradoxe apparent. Dans les premiers temps de la crise, où l’accent était placé sur les modèles et les mesures devant permettre de faire face à la propagation du virus, la lecture des conséquences de la pandémie en termes de santé mentale a eu bien de la peine à s’imposer (tout au plus s’intéressait-on aux conséquences de la situation sur ceux qui souffraient déjà de troubles psychiques ou qui subissaient de plein fouet les effets du virus ou des mesures prises pour en limiter la propagation).

Cette lecture interrogeant les conséquences en termes de bien-être ou de mal-être apparaît cependant aujourd’hui incontournable. Surtout, elle ne concerne plus uniquement ceux que le virus a frappés dans leur chair ou au porte-monnaie. La crise sanitaire a en effet ceci de particulier qu’elle a touché tout le monde, mais de façon extrêmement différenciée. Dans ce contexte, la santé mentale constitue une sorte d’esperanto permettant, au-delà des différences évidentes de conditions de vie matérielles, d’évaluer, voire de comparer nos niveaux de bien-être ou de mal-être. La santé mentale est, plus que jamais, notre façon d’aller bien ou mal, notre façon de faire comprendre des souffrances privées, de les mettre en sens, mais aussi d’agir sur celles-ci à l’aide de toute une série de dispositifs que l’on dit thérapeutiques4.

Les idéaux sociaux de l’autonomie active

Au-delà du respect déclinant des gestes barrières et des conséquences que cela pourrait avoir en termes de retour en force de l’épidémie, l’expression de « fatigue pandémique » cache donc une crainte généralisée et plus diffuse : celle d’une perte de sens, d’envie, d’intérêt. Les études se multiplient sur les troubles de santé mentale rencontrés par les enfants éloignés de leur école qui perdent goût aux choses et refusent de s’alimenter5, par les étudiants qui perdent toute forme de rythme et de tenue, par les futures mères dont une sur deux se dit atteinte de détresse psychique (contre une sur cinq en temps normal)6, etc.

Mais de quoi sommes-nous donc fatigués ? La crise sanitaire ne menace peut-être pas tant d’une perte de sens de la vie que d’une moindre excitation à l’égard des idéaux d’une société où l’autonomie individuelle est un droit et un devoir et qui tendent à y baliser ce qu’est une vie qui vaut la peine d’être vécue. Dans une société qui privilégie le fait de se tenir de l’intérieur sur la dépendance à l’égard d’autrui, le projet personnel sur l’attente, l’activité sur la passivité, la résilience sur la victimisation, le bien-être et la vie bonne tendent à être définis à partir d’un triple critère : être soi (être bien dans sa peau, savoir ce que l’on veut, etc.), être correctement socialisé (être suffisamment inséré dans un tissu de relations sociales sans être dépendant de celui-ci), mais aussi, et peut-être surtout, être actif (avoir des projets et les mettre en œuvre, s’investir dans des activités, être en mouvement, pouvoir rendre des comptes sur ce qu’on a fait hier ou durant l’année qui s’est écoulée, etc.)7. La vie bonne y est celle du mieux-être, toujours en ascension d’une côte, jamais sur un plateau.

L’idée qu’il existerait une « fatigue d’être soi », pour reprendre le titre de l’ouvrage d’Alain Ehrenberg à propos de la dépression8, ne surprenait déjà plus personne bien avant la pandémie. De la même façon, on ne s’étonnera pas que les confinements répétés portent à conséquence sur les contacts sociaux, sur le désir de les entretenir ou d’entretenir une distance correcte à l’égard de ceux-ci. Je voudrais par conséquent me pencher ici sur ce que le contexte actuel fait au critère si essentiel et prestigieux aujourd’hui de l’activité, du faire, et à la capacité des individus de le rencontrer.

Ce qui crée la fatigue d’agir, c’est d’abord la généralisation de l’incertitude.

Ce qui crée la fatigue d’agir, au-delà de la perte d’exceptionnalité causée par la dissolution d’une crise en état d’urgence permanent, c’est d’abord la généralisation de l’incertitude rendant bien compliqués la projection et le plan – deux instruments essentiels de nos formes de vie axées sur le futur et ses perspectives. Du fait des vagues et des mesures successives, cette forme de précarité dans le rapport à l’avenir n’est plus le triste apanage de ceux qui connaissent des difficultés économiques ou de santé. Elle concerne tous ceux qui évoluent dans une situation ou un type d’activité impliquant l’idée d’un projet (de vacances, d’enfant, de formation professionnelle, de vie, etc.), voire d’un investissement, tenant pour acquis que toutes choses restent égales par ailleurs.

Si les étudiants constituent à cet égard, au-delà des difficultés économiques et sociales qu’ils rencontrent, un public particulièrement vulnérable, c’est parce que les études en vue de l’obtention d’un diplôme permettant d’exercer une activité dans le futur sont par définition, au moins en partie, une forme d’investissement. Lorsque l’on compare les résultats obtenus en janvier 2021 aux réponses qui avaient été fournies par les mêmes étudiants de l’Université Saint-Louis - Bruxelles en juin 2020, on observe que l’inquiétude baisse quant aux conséquences de la pandémie sur leur santé personnelle ou celle de leurs proches9. A contrario, l’inquiétude progresse très fortement non seulement quant aux conséquences sur leur santé mentale, mais également à propos d’enjeux beaucoup plus larges liés au sens même du projet qu’ils mènent : l’état du monde inquiète 80 % des étudiants en janvier 2021 contre 60 % quelques mois plus tôt. De la même façon, on observe une diminution de l’inquiétude quant à la réussite personnelle de leur année académique, mais une forte augmentation de craintes liées à l’intérêt de faire des études dans un pareil contexte ou à la valeur du diplôme qu’ils obtiendraient par ce biais. L’action, le projet et l’investissement tiennent d’habitude pour acquise une stabilité des paramètres futurs qui se retrouve aujourd’hui violemment remise en cause.

Ensuite, le contexte pandémique nous conduit à expérimenter aujourd’hui de façon beaucoup plus forte que d’habitude une caractéristique pourtant fondamentale de la vie dans des sociétés complexes : nous ne maîtrisons pas plus la plupart des aspects de notre vie quotidienne que nous n’avons d’influence sur ceux de la marche du monde. La pandémie et les mesures prises pour lutter contre elle renforcent une situation de déprise ou de perte d’illusion de la maîtrise dans laquelle nous sommes conduits à devoir faire confiance à des corps experts, scientifiques, politiques et techniques, alors que notre propre marge de manœuvre individuelle semble être limitée à des aspects secondaires, sinon insignifiants. On peut faire l’hypothèse que ce hiatus participe à nourrir des formes d’humeur anti-institutionnelle, voire de complotisme, opposant « eux » et « nous », se méfiant de ce qu’« ils » nous ont encore pondu alors que ces décisions ne sont pas forcément ancrées dans une réalité empiriquement vécue. Dans ce schéma de pensée, les règles ne sont pas internalisées, mais vécues sur le mode de l’imposition, des rapports de pouvoir, de l’intérêt et de la volition.

Envers et contre tout

Pourquoi, dans ce contexte, vouloir chercher à agir si le sens et l’efficacité de l’action sont si incertains ? Et comment le faire ? Les idéaux sociaux de la vie bonne, aujourd’hui menacés, peuvent compter sur un allié peut-être inattendu : il s’agit du jeu de langage du développement personnel, entendu ici au sens large comme l’ensemble des supports et des techniques à travers lesquels des individus cherchent à agir sur leur conduite de vie à l’aune des idéaux sociaux précédemment évoqués : être soi, être actif, être correctement socialisé.

Ouvrages de self-help, exercices en ligne et webinaires, coaching individuel, etc. : ces dispositifs redoublent aujourd’hui de prosélytisme. Quelle que soit la forme dans laquelle s’incarne la cosmologie du développement personnel et les ressources qu’elle mobilise – des neurosciences au new age en passant par le récit d’exemplarité ou par toutes les psychologies possibles –, son espace moral peut être défini et borné par ces trois adages : « Rien ne sert de pleurer sur le lait répandu » (il est donc inutile de chercher des responsabilités qui sont hors de notre portée, mais il faut plutôt s’interroger sur la façon dont nous pouvons nous aider nous-mêmes) ; « Nous avons en nous plus que nous croyons » (il nous faut simplement découvrir et mobiliser ce potentiel, en acceptant que nous ne sommes jamais sans marge de manœuvre) ; « Tout ce qui ne nous tue pas nous rend plus forts » (c’est par conséquent dans l’épreuve que se révèle le potentiel d’une personne comme l’authenticité de la vie, et il ressort toujours quelque chose de positif d’une crise).

On pourrait s’attendre à ce que les entrepreneurs de tels mantras connaissent une traversée du désert. C’est pourtant au contraire que l’on assiste. À titre d’exemple, le coaching tant professionnel que personnel déploie de nouveaux champs d’activités. Ainsi, depuis le début de l’année 2021, l’université de Genève offre deux séances de « coaching spécial Covid » à chaque étudiant afin de lutter contre une vie devenue « compliquée et morose », à travers l’accompagnement « à discerner ce qui est important, à imaginer et à soupeser les options, afin de mieux vivre ces derniers mois de l’année universitaire et d’envisager l’été et la suite de cette année avec plus de sérénité10 ».

Le thème de la résilience cristallise plus que tout autre l’univers moral du développement personnel.

Le succès continu de ces discours permet de mettre en évidence que leurs usages sont essentiellement de nature morale et non pas (seulement) fonction de leur efficacité empirique (à l’instar de l’investissement actuel des neurosciences et de certaines de leurs catégories)11. C’est précisément dans une adversité importante ou un brouillard épais que le jeu de langage du développement personnel semble trouver son meilleur terrain. Tel un alchimiste, il transforme, contre toute forme de déterminisme ou d’étiquetage social, le malheur en atout et il insiste sur le fait que c’est au cœur des difficultés et des crises que se trouvent les nouvelles opportunités. À cette fin, il mobilise le thème de l’être humain plastique (notamment neuro-plastique), profitant des possibilités de l’épigénétique, et surtout résilient.

En tant que célébration de l’action menée à partir de ses ressources propres dans un contexte difficile, le thème de la résilience cristallise plus que tout autre l’univers moral du développement personnel. Il le déborde désormais largement pour irriguer certaines politiques publiques ou vanter les réactions d’une société face à la menace (sanitaire, environnementale, terroriste, etc.). Cette montée en puissance dans un contexte qui semble de plus en plus incertain et contraint pourrait sembler paradoxale.

Changer de regard

Les mondes du développement personnel en général, et la figure de la résilience en particulier, participent à préserver tant l’action elle-même que l’intérêt pour l’action par une réallocation de la marge de manœuvre de chacun. Face à la crise, au danger, au malheur, à l’incertitude, cette cosmologie défend l’idée qu’il est toujours possible non seulement d’y faire quelque chose, mais également d’en faire quelque chose.

Que pourrait-on y faire ? Le mantra est parfaitement résumé par l’expression “think global, act local”. Ce découplage de la pensée globale et de l’action locale doit permettre d’éviter de tomber dans ce que la cosmologie du développement personnel considérerait comme une action inefficace parce que portant sur un niveau où elle n’a que peu d’effet. L’action toujours efficace est celle qui consiste à agir avec ses mains et avec son cerveau sur son environnement immédiat et sur soi-même. Mobilisant des métaphores new age de la goutte d’eau qui fait déborder le vase ou du colibri qui fait sa part pour éteindre l’incendie dans la forêt, cette représentation pense que l’action locale, produite par une quantité suffisante de personnes, finira – par capillarité – par produire des mutations globales.

Il faut alors commencer par passer de la plainte et de l’inaction à l’objectif de changement, à la planification située au niveau sur lequel on peut faire une réelle différence12. Le problème, dans cette perspective, est moins l’événement lui-même (une pandémie, la perte d’un proche ou d’un emploi, etc.), sur lequel aucun contrôle n’est effectivement possible, que la réaction développée à l’égard de cet événement, sur laquelle nous pourrions au contraire toujours travailler. L’impuissance et l’inaction sont ainsi considérées comme des conséquences générées par des erreurs de raisonnement – ce qui est par exemple thématisé en programmation neurolinguistique comme les « croyances limitantes » – qui ne cadrent pas avec l’espace moral défini plus haut postulant que l’action est, d’une certaine façon, toujours possible, ne serait-ce qu’en changeant de regard sur ce qui nous arrive.

Que pourra-t-on en faire ? Le jeu de langage du développement personnel n’invite pas seulement à penser qu’il est toujours possible de s’en sortir, de gérer (to cope) des situations adverses. Il serait possible de les retourner en clé d’accès vers des formes de vie plus exceptionnelles, vers des ressources qui vous différencient de ceux qui n’ont pas emprunté ce chemin, des capitaux qui vous rendent légitimes à témoigner, à aider, à coacher vos semblables. Ici aussi, ce jeu de langage se targuera volontiers d’être, dans un contexte morose, le dernier à croire que son œil acéré lui permet d’observer, au cœur de la crise la plus profonde, qu’elle soit personnelle ou collective, les prémices d’un mieux-être, pour autant que l’on ne cesse d’y croire.


Développement personnel, coaching ou résilience peuvent être assimilés à ce que Peter Winch a nommé, à propos des pratiques magiques chez les Azandé étudiés par l’anthropologue Edward E. Evans-Pritchard, une « attitude face à la contingence », qu’il définit comme une façon de « traiter (symboliquement) le malheur et ses effets négatifs sur les relations qu’un homme entretient avec ses semblables, de faire en sorte que la vie puisse continuer au-delà de la brèche13 ». C’est particulièrement le cas dans le contexte actuel. Le succès de l’expression de « fatigue pandémique » qualifie la tension qui naît entre un événement qui sape les possibilités d’actions efficaces et un environnement moral qui fait précisément de l’exercice de telles actions un critère de la qualité d’être humain comme de la vie qui vaut la peine d’être vécue. Développement personnel, coaching et résilience endossent la mission d’y préserver tant l’envie de faire quelque chose que la croyance en l’efficacité de ce qui pourra être fait. Il ne s’agit pas de les célébrer ou de les critiquer, il s’agit, comme le disait Wittgenstein à propos de la place de la magie14, d’en comprendre la profondeur.

L’auteur remercie Chloé Daelman pour sa relecture.

  • 1.Voir, à titre d’exemple, Julien Charles et Samuel Desguin (sous la dir. de), Aux confins. Travail et foyer à l’heure du (dé)confinement [en ligne], Université catholique de Louvain, juin 2020.
  • 2.À propos de l’interrogation sur les « bienfaits » du confinement, voir Christine Monin, « Coronavirus : ces bienfaits que le confinement a pu nous apporter », Le Parisien, 15 mai 2020.
  • 3.“WHO/Europe discusses how to deal with pandemic fatigue” [en ligne], World Health Organization, 7 octobre 2020.
  • 4.Voir Alain Ehrenberg, La Société du malaise. Le mental et le social, Paris, Odile Jacob, 2010.
  • 5.Voir Alice Raybaud, « Anorexie, boulimie… la crise sanitaire provoque une hausse inquiétante des troubles alimentaires chez les jeunes adultes », Le Monde, 27 avril 2021.
  • 6.Voir Nikita Vindevogel, « Coronacrisis hakt er zwaar in bij zwangere en pas bevallen vrouwen: een op de twee voelt zich angstig of depressief » [en ligne], De Zondag, 25 avril 2021.
  • 7.Voir Nicolas Marquis, Du bien-être au marché du malaise. La société du développement personnel, préface d’A. Ehrenberg, Paris, Presses universitaires de France, 2014.
  • 8.A. Ehrenberg, La Fatigue d’être soi. Dépression et société, Paris, Odile Jacob, 1998.
  • 9.Voir Cynthia Dal et Nicolas Marquis, « Être étudiant·e en temps de Covid : un an après le premier basculement vers l’enseignement distanciel, quel bilan pour les étudiant·es ? » [en ligne], Université Saint-Louis - Bruxelles, 18 mars 2021.
  • 10.www.unige.ch/dife/sante-psychologie/coaching-special-covid/
  • 11.Voir A. Ehrenberg, La Mécanique des passions. Cerveau, comportement, société, Paris, Odile Jacob, 2018 et Sébastien Lemerle, Le Cerveau reptilien. Sur la popularité d’une erreur scientifique, Paris, CNRS Éditions, 2021.
  • 12.“Even if we’re in a world right now where it seems like everything is just lost and turned upside down, pick one or two things that you have control of. For me, personally, that’s been my fitness. My wife and I made a little gym in our kitchen and that was our workout space.” Dr Carl Lambert, cité dans Sarah Berg, “What doctors wish patients knew about pandemic fatigue” [en ligne], American Medical Association, 29 janvier 2021.
  • 13.Peter Winch, “Understanding a primitive society”, American Philosophical Quarterly, vol. 1, no 4, 1964, p. 321 (je traduis).
  • 14.Voir Ludwig Wittgenstein, Remarques sur le Rameau d’or de Frazer suivi de L’animal cérémoniel. Wittgenstein et l’anthropologie de Jacques Bouveresse, trad. par Jean Lacoste, Lausanne, L’Âge d’homme, 1982.

Nicolas Marquis

Professeur de sociologie à l’université Saint-Louis – Bruxelles, Nicolas Marquis est l’auteur de Du bien-être au marché du malaise. La société du développement personnel (Presses universitaires de France, 2014).

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Les enquêtes de santé publique font état d’une épidémie de fatigue dans le contexte de la crise sanitaire. La santé mentale constitue-t-elle une « troisième vague » ou bien est-elle une nouvelle donne sociale ? L’hypothèse suivie dans ce dossier, coordonné par Jonathan Chalier et Alain Ehrenberg, est que la santé mentale est notre attitude collective à l’égard de la contingence, dans des sociétés où l’autonomie est devenue la condition commune. L’épidémie ne provoque pas tant notre fatigue qu’elle l’accentue. Cette dernière vient en retour révéler la société dans laquelle nous vivons – et celle dans laquelle nous souhaiterions vivre. À lire aussi dans ce numéro : archives et politique du secret, la laïcité vue de Londres, l’impossible décentralisation, Michel Leiris ou la bifurcation et Marc Ferro, un historien libre.