Photo : Rob Walsh
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La force du baratin

Tocqueville a montré que la démocratie moderne présentait un risque de conformisme, de relativisme et de crédulité. Aujourd’hui, on peut distinguer une post-vérité déprimée, celle des jeunes qui peinent à comprendre le monde et se tournent vers les théories du complot, et une post-vérité arrogante, celle du poutinisme, qui associe le dépérissement du droit, la guerre de propagande et le baratin – et dont l’Europe n’est pas exempte.

Le concept de post-vérité est à la fois suggestif et vague. Son grand frère « postmodernité » l’est tout autant, malgré une ancienneté beaucoup plus grande et un bagage philosophique et esthétique bien plus riche[1]. Il est probable que tous ces concepts avec le préfixe « post » sont condamnés à être des symptômes plus que des désignations précises des phénomènes qu’ils visent, à savoir un passage qui ne passe pas, entre nouveauté véritable et une simple usure de l’état antérieur. Peut-être la postmodernité n’est-elle rien d’autre que la modernité fatiguée et la post-vérité l’état contemporain du rapport des modernes à la vérité.

Le mot « post-vérité » est entré récemment dans plusieurs dictionnaires. Voici la définition de l’Oxford English Dictionnary : «qui fait référence à des circonstances dans lesquelles les faits objectifs ont moins d’influence pour modeler l’opinion publique que les appels à l’émotion et aux opinions personnelles[2].

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Philippe de Lara

Philosophe, Philippe de Lara est maitre de conférences en science politique à l'Université Panthéon Assas. Il a notamment dirigé Naissances du totalitarisme (Cerf, 2011).

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Fausses nouvelles, désinformation, théories du complot : les vérités sont bien fragiles à l’ère de la post-vérité. Les manipulations de l’information prospèrent dans un contexte de défiance envers les élites, de profusion désordonnée d’informations, d’affirmations identitaires et de puissance des plateformes numériques. Quelles sont les conséquences politiques de ce régime d’indifférence à la vérité ? Constitue-t-il une menace pour la démocratie ? Peut-on y répondre ? A lire aussi dans ce numéro : un dossier autour d’Achille Mbembe explorent la fabrication de « déchets d’hommes » aux frontières de l’Europe, des repères philosophiques pour une société post-carbone, une analyse de ce masque le consentement dans l’affaire Anna Stubblefield et des recensions de l’actualité politique, culturelle et éditoriale.

 

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