Photo : sebastiaan stam
Dans le même numéro

Discours de haine

Allier respect de chacun et liberté d’expression sur Internet reste aujourd’hui un sujet central pour de nombreuses associations. Pour ne pas empiéter sur la vie privée ni tomber dans la censure excessive, il faut poursuivre les mobilisations et persévérer dans la recherche d’une meilleure régulation.

Le 16  janvier dernier, une douzaine d’associations de défense des libertés numériques ont publié une tribune commune pour s’opposer à l’adoption de la loi visant à lutter contre la haine sur Internet1. Cet «appel collectif à préserver nos droits fondamentaux dans l’espace public en ligne» pointe du doigt une mesure particulièrement controversée de la loi dite « Avia » (du nom de sa rapporteure) : l’obligation pour les grandes plateformes d’Internet de supprimer en moins de 24 heures un contenu haineux qui leur serait signalé. Si les plateformes n’obtempèrent pas dans le délai imparti, elles pourraient se voir soumises à une amende allant jusqu’à 4 % de leur chiffre d’affaires.

La crainte des associations signataires est que la perspective d’une amende pousse les plateformes à trop censurer les contenus qui leur sont signalés, sans prendre le temps d’évaluer leur nocivité réelle. Cette disposition poursuit par ailleurs deux logiques à l’œuvre aujourd’hui dans le domaine de la régulation des contenus sur Internet. La première consiste en une logique d’extra-judiciarisation des décisions, où ce sont les plateformes elles-mêmes qui se prononcent sur le caractère abusif d’un discours, en lieu et place du juge judiciaire. Cette logique, déjà à l’œuvre dans le domaine de la lutte contre

Lecture réservée aux abonnés : L'indépendance d'Esprit, c'est grâce à vous !

Romain Badouard

Maître de conférences en sciences de l'information et de la communication à l'Université Paris II Panthéon-Assas, Romain Badouard est également chercheur au CARISM et enseignant à l'Institut français de presse. Il a publié Le Désenchangement de l'internet. Désinformation, rumeur, propagande (Fyp, 2017).

Dans le même numéro

Ce dossier spécial décrit l’expérience de vulnérabilité commune suscitée par l’épidémie, interroge les règles de l’exception qui lui répond et explore les différents imaginaires qu’il sollicite. À lire aussi dans ce numéro : les pressions chinoises sur la recherche, les discours de haine en ligne et un entretien avec Emma Lavigne sur le Palais de Tokyo.


✅  Les articles du dossier sont en accès libre