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Photo : Gilles Lambert via Unsplash
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Shadow ban. L’invisibilisation des contenus en ligne

Comment qualifier ces nouvelles stratégies de modération mises en œuvre par les réseaux sociaux, qui consistent à rendre un contenu invisible sans le supprimer, et échappent aux catégories traditionnelles de la censure ? Ici, le pouvoir exercé sur la visibilité est d’autant plus préoccupant qu’il reste inaperçu.

La prolifération des fausses informations et des discours de haine sur Internet pose un problème d’un nouveau genre aux grandes plateformes de réseaux sociaux. Si Facebook, Google, Twitter et leurs concurrents ont, depuis leur création, édicté des règles de publication, délimitant ce qui peut se dire ou non au sein des espaces d’échange qu’elles mettent à disposition des usagers, les fake news et propos haineux occupent généralement une zone grise particulièrement difficile à modérer. Les publications qui relèvent de ces deux catégories constituent en effet, pour les plateformes, des contenus de mauvaise qualité, dont la présence sur leurs réseaux est jugée indésirable. Lorsqu’ils sont explicites, ils sont facilement identifiables et peuvent faire l’objet de mesures de retrait ou de mise en quarantaine. Mais dans la pratique, les propos haineux s’expriment généralement à couvert : leurs auteurs utilisent un mot à la place d’un autre pour désigner une cible, manient le sous-entendu et l’ironie, ou ont recours à des symboles racistes, antisémites, homophobes ou misogynes. Les fausses informations, quant à elles, relèvent moins souvent d’une manipulation manifeste que de propos biaisés, décontextualisés, voire absurdes, dont la dimension malveillante n’est pas toujours évidente. Dans les deux cas cependant, ces publications placent les plateformes face à un dilemme : si elles les laissent en ligne, elles sont accusées de laxisme ; si elles suppriment des contenus qui

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Romain Badouard

Maître de conférences en sciences de l'information et de la communication à l'Université Paris II Panthéon-Assas, Romain Badouard est également chercheur au CARISM et enseignant à l'Institut français de presse. Il a publié Le Désenchangement de l'internet. Désinformation, rumeur, propagande (Fyp, 2017).

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L’essor sans précédent d’Internet et des nouvelles technologies de l’information a transformé en profondeur le rapport des citoyens à la participation civique. Si elle a permis des progrès incontestables, cette révolution numérique pose également des défis pour la préservation du débat en démocratie. Le bouleversement introduit par le numérique dans la délibération publique semble en effet remettre en cause les exigences traditionnellement associées au débat démocratique, comme l’égalité d’accès, le contrôle public des instances de modération, la fiabilité de l’information ou le pluralisme des courants d’expression. Quelles stratégies adopter pour faire face aux dérives qui touchent aujourd’hui le débat sur Internet ? Le dossier, coordonné par Romain Badouard et Charles Girard, examine la propagation des fausses nouvelles, la mobilisation de nouveaux publics, les pouvoirs de régulations privés et la déstabilisation des cadres juridiques. À lire aussi dans ce numéro : le naufrage moral de l’Église, qui sont les talibans ?, gouverner la pandémie et une rencontre avec Pierre Bergounioux.