Logements sociaux Jonfosse, Caroline Marola (CC BY-SA 4.0) Wikimédia
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Le changement d’état du logement social

Le logement social est engagé dans un processus de liquéfaction, qui recoupe les mutations plus globales de nos sociétés, où les frontières s’estompent et où prime l’adaptation à la demande. Désormais exposés aux fluctuations du marché, les bailleurs doivent s’ouvrir à de nouvelles pratiques, comme la cession d’actifs.

Dans un monde où les informations circulent à toute vitesse, nous sommes confrontés à la difficulté de lire les changements profonds de la société. Parfois aussi, ces informations se révèlent trop techniques pour nous permettre d’en appréhender les ressorts réels. Cela peut s’accompagner d’un sentiment de vertige, de l’impression que le monde nous échappe, voire d’une angoisse quant à la place que nous y aurons. Le logement social n’échappe pas à ce malaise. Il semble même en être un exemple discret, mais exacerbé.

Les transformations du secteur du logement social restent bien souvent peu lisibles, éparpillées entre de multiples lois ou initiatives et dissimulées par des éléments abscons, d’apparence technique ou budgétaire. Réduction de loyer de solidarité, nouvelles formes de financement, démultiplication des politiques d’accès au logement social, gestion en flux des droits de réservation, etc. : la façade lisse du mouvement des habitations à loyer modéré (HLM) se fissure sous les coups des réformes engagées au tournant des années 2000 et accélérées depuis 2017. Le logement social, modèle reconnu comme particulièrement solide depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, devient ainsi un objet « liquide », au sens développé par Zygmunt Bauman. Comme l’emploi, il rejoint progressivement une trame dans laquelle se coule de plus en plus notre société contemporaine. Le logement social est aujourd’hui poussé sur le chemin « des institutions instables, de la

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Julien Leplaideur

Julin Leplaideur est sociologue et consultant indépendant sur les questions d’habitat, de société et d’inclusion.

William Le Goff

Professeur associé en urbanisme à l’université Paris-Sorbonne, il est notamment l’auteur de La Ville et ses minorités (CERTU, 2011).

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La question du logement nous concerne tous, mais elle peine à s’inscrire dans le débat public. Pourtant, avant même la crise sanitaire, le mouvement des Gilets jaunes avait montré qu’elle cristallisait de nombreuses préoccupations. Les transformations à l’œuvre dans le secteur du logement, comme nos représentations de l’habitat, font ainsi écho à nombre de défis contemporains : l’accueil des migrants, la transition écologique, les jeux du marché, la place de l’État, la solidarité et la ségrégation… Ce dossier, coordonné par Julien Leplaideur, éclaire les dynamiques du secteur pour mieux comprendre les tensions sociales actuelles, mais aussi nos envies de vivre autrement. À lire aussi dans ce numéro : le piège de l’identité, la naissance du témoin moderne, Castoriadis fonctionnaire, le libéralisme introuvable, un nouveau Mounier et Jaccottet sur les pas d’Orphée.