par Revue Esprit
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Des déclarations intempestives de Donald Trump promettant au Canada, au Mexique et à la Chine d’importantes hausses des droits de douane, au rejet par l’Assemblée nationale de l’accord de libre-échange entre l’Union européenne et le Mercosur, une humeur protectionniste flotte sur la planète. Par-delà les bravades, quels peuvent être les effets tangibles de telles postures ? Donald Trump a déjà fait usage de l’arme commerciale lors de son premier mandat, vis-à-vis de la Chine notamment, sans grand succès. Quant au traité UE-Mercosur, il est susceptible d’avoir des effets très différenciés selon les secteurs, qui ne se résumeront pas à un sacrifice de l’agriculture européenne.

Les raisons de critiquer les accords de libre-échange ne manquent pas, à commencer par le dumping social et écologique qu’ils alimentent. Que soit passé au tamis, au nom des déséquilibres insupportables qu’il a créé, le grand mouvement d’ouverture des marchés engagé dans les années 1980, est certainement une bonne chose. Que l’Union européenne ne soit plus ouverte aux quatre vents de l’économie mondiale, au nom du principe tout théorique de concurrence libre et non faussée, l’est aussi. Mais prétendre se replier derrière une barrière douanière est-il la solution ? 

La souveraineté ne signifie pas l’autarcie. Elle exige de se donner les moyens de peser sur les décisions qui nous concernent. C’est le cas des accords commerciaux, et c’est dans cet esprit qu’il faut chercher à les réformer. En faisant en sorte qu’ils bénéficient non pas prioritairement aux multinationales et aux investisseurs, mais aux intérêts des travailleurs et des consommateurs. La fatalité de la mondialisation destructrice est un faux récit, qui masque trop souvent les défaillances politiques nationales.