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Notes de lecture

Dans le même numéro

Au voleur !. Anarchisme et philosophie de Catherine Malabou

mai 2022

Le titre de l’ouvrage de la philosophe Catherine Malabou renvoie au « vol philosophique de l’anarchie des anarchistes » qu’aurait commis la philosophie contemporaine. Elle estime que si ses représentants ont pu produire une critique ou une déconstruction de la domination, ils ne sont jamais allés jusqu’à envisager que « les hommes puissent vivre sans être gouvernés ni se gouverner ». Ils n’ont « jamais conceptualisé la dimension anarchiste de leurs concepts d’anarchie », et pour cette raison, « la philosophie a manqué sa critique de la domination  ». Catherine Malabou cherche donc, dans cet ouvrage, à repenser l’anarchisme.

Ce problème se pose d’autant plus qu’il y a un échec de l’anarchie, dû à la « crise de l’horizontalité » contemporaine, qui tient à « la coexistence d’un anarchisme de fait et d’un anarchisme d’éveil ». Le premier renvoie au délitement d’un État-providence qui ne parvient plus à modérer les dégâts sociaux et environnementaux causés par le capitalisme oligarchique. Dans cet anarchisme de fait intervient le tournant anarchiste du capitalisme lui-même, dont Catherine Malabou a pris conscience en découvrant les cryptomonnaies, qui « parasitent » les devises nationales. Ce « cyber-anarchisme », sans rapport avec l’idéal émancipateur de l’anarchisme politique, s’accompagne d’un durcissement des pratiques gouvernementales, dont Donald Trump a été représentatif. Le

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Presses universitaires de France, 2022
408 p. 21 €

Benjamin Tuil

Ancien stagiaire à la rédaction d'Esprit.

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Patrimoines contestés

Depuis la vague de déboulonnage des statues qui a suivi l’assassinat de George Floyd, en mai 2020, la mémoire et le patrimoine sont redevenus, de manière toujours plus évidente, des terrains de contestation politique. Inscrire ces appropriations de l’espace urbain dans un contexte élargi permet d’en comprendre plus précisément la portée : des manifestations moins médiatisées, comme l’arrachement de la statue d’un empereur éthiopien en Grande-Bretagne, ou touchant à des strates d’histoire inattendues, comme la gestion de la statuaire soviétique, participent d’une même volonté de contester un ordre en dégradant ses symboles. Alors qu’une immense statue célébrant l’amitié russo-ukrainienne vient d’être démontée à Kiev, le dossier de ce numéro, coordonné par Anne Lafont, choisit de prendre au sérieux cette nouvelle forme de contestation, et montre que les rapports souvent passionnés que les sociétés entretiennent avec leur patrimoine ne sont jamais sans lien avec leur expérience du conflit. À lire aussi dans ce numéro : l’histoire, oubli de l’inconscient ?, le prix de l’ordre, pour une histoire européenne, les femmes dans l’Église, les réfugiés d’Ukraine et nos mélancolies secrètes.