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Notes de lecture

Dans le même numéro

La vie derrière soi. Fins de la littérature d'Antoine Compagnon

mai 2022

Quand la mort se profile dans les prodromes ou les certitudes de la vieillesse, sonne l’heure pour certains, non pas des comptes à rendre d’une existence, mais des bilans de ce qui fut créé ou du temps qui reste pour poursuivre, à moins que des sursauts veuillent laisser encore, à l’approche du départ, de plus fortes traces, prouver les capacités restantes d’une vie, imaginer le chef-d’œuvre jusqu’alors retardé ou impensable.

Cet ouvrage d’Antoine Compagnon, ancien professeur au Collège de France, ouvre une enquête sur les œuvres et les propos d’un panel de grands écrivains et d’artistes à l’extrême de leur vie. Comment terminer une carrière, entre ultima verba et « chant du cygne » ? Où s’achève, doit s’achever une vie d’écrivain ? En treize chapitres reprenant ce thème d’un achèvement douloureux ou serein, désabusé et nostalgique ou fort de sagesse, l’auteur se penche sur la « fin » des plus grands écrivains ou artistes, leurs derniers discours ou leur ultime création.

Dans cet ouvrage érudit, on ne sait ce qu’il faut le plus admirer, de la précision et la multiplicité des références ou du fil tenu serré d’une problématique à construire ou à révéler. Parmi les figures retenues, on rencontre Chateaubriand et sa dernière publication, Vie de Rancé (1844), avancés ensemble telle une sorte de paradigme, Baudelaire, Proust, Gide et leurs états d’âme à l’approche de leur mort, Hermann Broch ou Blanchot théorisant la postérité des œuvres et la pos

Lecture réservée aux abonnés : L'indépendance d'Esprit, c'est grâce à vous !
Éditions des Équateurs, 2021
381 p. 23 €

Claude-Raphaël Samama

Docteur en anthropologie, directeur de la revue L’Art du Comprendre, il est notamment l’auteur de Le spirituel et la psychanalyse (L’Harmattan, 2015) et Perspectives pour les islams contemporains (L’Harmattan, 2016). Voir son site internet : www.claude-raphael-samama.org.

Dans le même numéro

Patrimoines contestés

Depuis la vague de déboulonnage des statues qui a suivi l’assassinat de George Floyd, en mai 2020, la mémoire et le patrimoine sont redevenus, de manière toujours plus évidente, des terrains de contestation politique. Inscrire ces appropriations de l’espace urbain dans un contexte élargi permet d’en comprendre plus précisément la portée : des manifestations moins médiatisées, comme l’arrachement de la statue d’un empereur éthiopien en Grande-Bretagne, ou touchant à des strates d’histoire inattendues, comme la gestion de la statuaire soviétique, participent d’une même volonté de contester un ordre en dégradant ses symboles. Alors qu’une immense statue célébrant l’amitié russo-ukrainienne vient d’être démontée à Kiev, le dossier de ce numéro, coordonné par Anne Lafont, choisit de prendre au sérieux cette nouvelle forme de contestation, et montre que les rapports souvent passionnés que les sociétés entretiennent avec leur patrimoine ne sont jamais sans lien avec leur expérience du conflit. À lire aussi dans ce numéro : l’histoire, oubli de l’inconscient ?, le prix de l’ordre, pour une histoire européenne, les femmes dans l’Église, les réfugiés d’Ukraine et nos mélancolies secrètes.