Notes de lecture

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Atlas historique de la France de Christian Grataloup

Avec Charlotte Becquart-Rousset. Préface de Joël Cornette

janv./févr. 2021

L’espace est la réalité englobante d’une histoire qui porte en elle un héritage vivant ; il met en cause, selon Fernand Braudel, à la fois toutes les réalités de l’histoire et toutes les parties prenantes de l’étendue : les États, les sociétés, les cultures, les économies. Dans ce territoire sans cesse en mouvement s’inscrit tout ce que le passé a patiemment déposé, par couches de temps successives, accumulées au fil des siècles. La fabrique en somme de la « nation France ». C’est à ce processus de création et de mutation millénaire auquel on assiste à l’aide des 375 cartes qui retracent toutes les étapes de l’histoire de notre pays, de ses plus lointaines origines à nos jours. Des cartes parfois saisissantes, comme celle portant sur la genèse de la population qui, dès les années – 5000, montre les différents apports successifs qui ont enrichi le fonds originel, avec l’arrivée des agriculteurs du Moyen-Orient suivis des Vascons, Celtes, Germains, Vikings, Hongrois, Maures… des vagues successives auxquelles se sont jointes bien d’autres à compter des années 1820-1850 (Allemands, Belges, Suisses, Italiens, Arméniens, Russes, Espagnols, Maghrébins, Portugais, Africains subsahariens, Asiatiques), la population d’origine migratoire récente représentant 9 millions d’habitants (sur 65 millions). Ce tableau illustre combien le temps a une dimension géographique, dont la carte permet d’éclairer les phénomènes historiques en les inscrivant dans un espace dessiné. Cet espace est saisi à toutes les échelles, car l’Hexagone n’est pas l’unique mesure à laquelle il faille se référer. L’histoire s’enracine au plus profond d’un terroir, en une plongée surprenante dans un « pays » (voyez les dynamiques de l’espace dans la plaine de Caen de la protohistoire au Moyen Âge). Et puis l’échelle s’élargit pour offrir une vision plus ample : la France dans l’Europe et, au-dessus d’elle, la France dans le monde (au xviiie siècle, par exemple). Pierre après pierre, carte après carte, ce jeu d’échelles du local au global permet de construire et de pérenniser la solide architecture d’une « géohistoire ». Elle ne cesse de nous surprendre par la diversité des sujets et de ses objets. Nous sommes donc en présence d’une histoire globale inédite, qui dessine l’identité d’une France à la fois une et divisible à l’infini. Mais mettre en scène le passé n’a de signification qu’en fonction des usages qu’on en fait. Le tourisme historique comme la recherche archéologique nous permettent de composer un patrimoine, de créer une mémoire territorialisée, de fabriquer du collectif, de respecter et de fondre simultanément sa diversité. Cet atlas ne se concentre pas sur le seul territoire métropolitain. On y trouvera par exemple, sur deux pages, la carte de la campagne de Russie (1812), les révolutions de 1848 en Europe, la guerre de 1870, les espaces successifs de l’empire français, puis de la décolonisation. À l’heure où ce vieux pays traverse une passe difficile, en proie à tant d’assauts, il est bon de se replonger dans la densité de sa belle histoire, d’admirer la formation de ses villages, de ses provinces, ou de mieux comprendre ses exploits, ses épreuves, comme son rayonnement à travers l’espace et le temps.

Les Arènes/L’Histoire, 2020
320 p. 24,9 €

Eugène Berg

Eugène Berg, né le 23 septembre 1945, est un essayiste et diplomate français. Spécialiste de la Russie et du Pacifique, il a notamment publié Non-alignement et nouvel ordre mondial (1980).

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Les femmes sont au cœur de nombreux mouvements sociaux à travers le monde. Au-delà de la vague #MeToo et de la dénonciation des violences sexuelles, elles étaient nombreuses en tête de cortège dans le soulèvement algérien du Hirak en 2019 ou dans les manifestations contre le président Loukachenko en Biélorussie en 2020. En France, leur présence a été remarquée parmi les Gilets jaunes et dans la mobilisation contre le dernier projet de réforme des retraites. Dans leur diversité, les mouvements de femmes témoignent d’une visibilité et d’une prise de parole accrues des femmes dans l’espace public, de leur participation pleine et entière aux débats sur l’avenir de la cité. À ce titre, ils consacrent l’existence d’un « sujet politique féminin ».