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Notes de lecture

Dans le même numéro

De Gaulle sous la dir. de Jean-Paul Bled

L’homme du siècle

novembre 2020

Comment le défenseur intransigeant de la souveraineté est-il devenu l’un des pères de l’Europe, en préparant la France à appliquer les règles du traité de Rome ?

Des chiffres « ronds » balisent le parcours exceptionnel du « plus grand des Français  », comme l’avait dénommé René Coty, début juin 1958, l’ayant appelé au secours pour être son dernier président du Conseil de la défunte IVe République, laquelle a correspondu à la traversée du désert du général. 1890 : naissance, vingt ans après la défaite de 1870, à l’ombre de laquelle il a passé sa jeunesse et qui a été largement à l’origine de sa vocation, militaire d’abord, mais déjà celle du futur homme d’État. 1940 : année de l’appel du 18 juin. 1960 : celle de la première explosion nucléaire française, le 13 février, qu’il accueillit par un télégramme adressé à Pierre Guillaumat : « Hourra pour la France ! Depuis ce matin, elle est plus forte et plus fière. » 1970 : année de la mort en cette froide journée de novembre. Dans son avant-propos, Hervé Gaymard écrit que quelque chose de simple et de grand semblait disparaître, mais s’avérait invincible, comme le sont les songes qui ont sauvé la France de l’accablement et de la médiocrité.

L’ouvrage réunit nombre d’auteurs qui permettent de sonder le personnage dans toute sa complexité, et restituent l’unité d’un homme dont le destin allait se confondre avec celui de la France. Comment le fils d’un « monarchiste de regret  », lecteur de Barrès et de Maurras, qui a entretenu des relations suivies avec Henri d’Orléans, comte de Paris, est-il devenu le restaurateur de la République, fondant un régime constitutionnel qui s’est avéré l’un des plus durables ? Comment un officier, élevé dans l’esprit de la revanche, a-t-il été l’artisan de la réconciliation franco-allemande, fondement de la construction européenne ? Comment est-il devenu un décolonisateur, en établissant des relations de proximité avec les pays africains, qu’il aurait voulu garder au sein d’une Communauté disparue dès sa naissance ? Comme le montre Jean-Marc Simon, elle aurait épargné aux nouveaux pays indépendants d’avoir à bâtir leurs propres armées, évité bien des coups d’État et orienté leurs maigres ressources vers le développement. Comment, formé au fusil Lebel et au canon de 105 mm, en est-il venu à être le promoteur du corps blindé, le fondateur du Commissariat à l’énergie atomique en 1945 et le créateur de la force de frappe, sans laquelle il ne pouvait être question d’indépendance nationale ? Un long article se penche sur l’arme nucléaire, dont de Gaulle a perçu très tôt l’importance. L’ancien ministre de la Défense, Jean-Pierre Chevènement, réfléchit sur l’héritage du général en ce domaine, preuve qu’il fait désormais l’objet d’un large consensus national. Comment le défenseur intransigeant de la souveraineté est-il devenu l’un des pères de l’Europe, en préparant la France à appliquer les règles du traité de Rome ? Bien des articles évoquent les idées de de Gaulle sur la fédération ou la confédération européenne, l’Europe de l’Atlantique à l’Oural (Edmond Jouve), ou les relations avec la Russie (Jean-Pierre Arrignon). La liste des articles est très variée, portant sur l’économie, la politique institutionnelle, la pensée et la foi de de Gaulle. Une bonne part est consacrée aux questions extérieures, aux rapports franco-allemands, aux relations toujours difficiles avec les États-Unis de John Kennedy, et avec le Canada, marqués par le fameux « Vive le Québec libre !  », prononcé du balcon de l’hôtel de ville de Montréal en juillet 1987.

Pour le lecteur de 2020, bien des formules du général paraîtront inactuelles, comme celle qu’il a prononcée le 1er mars 1941 : «  Il y a un pacte vingt fois séculaire entre la grandeur de la France et la liberté du monde  », mais telle est la force de l’espérance qu’il a eue dans la France dans ses heures les plus sombres.

Le Cerf, 2020
360 p. 24 €

Eugène Berg

Eugène Berg, né le 23 septembre 1945, est un essayiste et diplomate français. Spécialiste de la Russie et du Pacifique, il a notamment publié Non-alignement et nouvel ordre mondial (1980).

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Jeunesses antiracistes

La récente vague de manifestations contre le racisme et les violences policières a montré qu’une partie de la jeunesse française a le sentiment d’étouffer. En choisissant de prêter attention à ce qu’elle exprime, on distingue d’abord une demande d’égalité et de justice : loin de constituer un défi aux principes républicains, celle-ci entend plutôt en actualiser l’héritage. À lire aussi dans ce numéro : l’unité européenne après la réunification allemande, le chemin du djihad, les cinq piliers de la laïcité, les pouvoirs de la Cour suprême et la rentrée littéraire.