Florence à l’écritoire. Écriture et mémoire dans l’Italie de la Renaissance de Christiane Klapisch-Zuber
« C’est le devoir d’un marchand d’avoir quasiment toujours la plume à la main » : ce conseil de Leon Battista Alberti au début des années 1430 justifie la profusion des ricordanze (« livres de famille ») dans l’Italie de la Renaissance, qui visent à « transmettre ce que l’on a reçu » en témoignant de l’interpénétration des écritures comptable et domestique. De ce riche corpus, tenu par des pères de famille attachés aux « liens chargés de prestige et d’efficacité sociale », à l’instar du maçon bolonais Gaspare Nadi ou du bourgeois florentin Andrea Minerbetti, Christiane Klapisch-Zuber tire une histoire sociale de la famille. L’historienne est particulièrement attentive à l’art de la mémoire, au travail de l’écriture et aux sollicitations des souvenirs de femmes, comme ceux de Monna Gemma, « pour qui la naissance et le mariage ne sont pas signes et garanties de pouvoir, mais causes de déracinement et d’incertitude ». Elle explore également les conflits qui couvent et les vicissitudes de l’honneur des familles. Ainsi, par exemple, « la dot était par elle-même véritablement créatrice et support de l’honneur d’un individu légitimement marié et de son groupe d’appartenance ». A contrario, la perte de crédit liée à « l’offense se répand dans le réseau de parenté et ce capital d’honneur hérité et partagé, diminué par l’atteinte touchant l’un de ses membres, fait que chacun doit en assumer les conséquences ». Les ricordanze sont ainsi « un précieux miroir de ce qui tient ensemble les familles ».