Introduction à Raymond Aron de Gwendal Châton

Dans sa science politique ou dans son analyse des relations internationales, fidèle au pluralisme interprétatif de Weber, Aron mérite d’être encore lu et étudié, comme l’introduction de Gwendal Châton nous en convainc, parce qu’il « n’essaie pas d’échapper à la rugosité du réel ».


Raymond Aron a « mené de front une double activité d’éditorialiste et d’universitaire, le tout en poursuivant son militantisme anticommuniste ». Intellectuellement, il participe d’un renouveau libéral français, inspiré de Montesquieu, Tocqueville et Halévy, particulièrement soucieux de l’autonomie et de la primauté du politique par rapport aux structures socio-économiques. Il est aussi un homme de revue : Libres Propos et Europe, inspirées par la philosophie d’Alain, avant-guerre ; La France libre pendant la guerre et Liberté de l’esprit après-guerre, toutes deux gaullistes ; Contrepoint dans la première moitié des années 1970, puis Commentaire. Il adopte une définition procédurale de la démocratie comme régime dans lequel il existe, selon ses mots, « une organisation constitutionnelle de la concurrence pacifique pour l’exercice du pouvoir », c’est-à-dire principalement des élections. Penseur des relations internationales comme rapports entre États, il insiste sur « la nature fondamentalement anarchique de l’ordre international », dont l’histoire se déroule toujours « à l’ombre de la guerre » et dont les institutions échouent irrémédiablement à assurer la sécurité collective. Sa position est celle d’un « réalisme vrai » et prend en considération « les passions, les folies, les idées et les violences du siècle ». Ainsi, dans sa science politique ou dans son analyse des relations internationales, fidèle au pluralisme interprétatif de Weber, Aron mérite d’être encore lu et étudié, comme l’introduction de Gwendal Châton nous en convainc, parce qu’il « n’essaie pas d’échapper à la rugosité du réel ».

La Découverte, 2023
128 p. 11 €