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Notes de lecture

Dans le même numéro

Le vertige de l’émeute de Romain Huët

janv./févr. 2020

Pour ses recherches sur la violence, Romain Huët s’est d’abord penché sur la subjectivité en temps de guerre (en Syrie) avant de s’intéresser à l’expérience sensible de l’émeute. Observation participante dans le cortège de tête des manifestations de Gilets jaunes et lectures savantes (notamment de Bataille et de Caillois, auteur d’un essai sur «  Le vertige de la guerre  » en 1951) nourrissent une réflexion expérimentale, qui cherche à « écrire l’émeutier » avec « des mots fragiles ». Évitant les écueils du moralisme et de l’esthétisation, Romain Huët fait plutôt sentir au lecteur la teneur morale de l’émeute et sa dimension spectaculaire. Son hypothèse est la suivante : « l’émeute est désirée en tant que lieu d’un présent intensifié ». Elle se vit en effet comme « un tourbillon ­d’affects »: la colère contre les injustices, la peur des répressions et l’exaltation quand les émeutiers « promènent leurs poulets ». Cherchant principalement à se rendre « insaisissables » et « ingouvernables », les émeutiers mettent en œuvre une violence qui reste faible, domestiquée, mise en spectacle sur un mode carnavalesque, et qui ­s’accompagne souvent d’un certain romantisme. Sans ­s’accorder sur une idéologie particulière, les émeutiers s’expriment en actes : « vitrines brisées, graphs et taches de peinture sont autant de marques par lesquelles ce qui est dissimulé – la corruption, l’agression de la vie par l’économie, la dépossession – advient à la vie perceptive ». Du point de vue subjectif, l’émeutier recherche et éprouve par ces « fulgurances destructrices » une « intensification de la vie » dans « l’entre-corps », exception à la routine quotidienne, qui peut encourager des solidarités et des formes de vie partagées (dans les Zad notamment), mais aussi conduire à des dérives sectaires. Pour l’auteur, l’émeute s’apparente à une expérience eschatologique et relève ainsi d’une sociologie du sacré.

Presses universitaires de France, 2019
176 p. 14 €

Jonathan Chalier

Rédacteur en chef adjoint de la revue Esprit, chargé de cours de philosophie à l'École polytechnique.

Dans le même numéro

Le partage de l’universel
L'universel est à nouveau en débat : attaqué par les uns parce qu'il ne serait que le masque d'une prétention hégémonique de l'Occident, il est défendu avec la dernière intransigeance par les autres, au risque d'ignorer la pluralité des histoires et des expériences. Ce dossier, coordonné par Anne Dujin et Anne Lafont, fait le pari que les transformations de l'universel pourront fonder un consensus durable : elles témoignent en effet de l'émergence de nouvelles voix, notamment dans la création artistique et les mondes noirs, qui ne renoncent ni au particulier ni à l'universel. À lire aussi dans ce numéro : la citoyenneté européenne, les capacités d'agir à l'ère numérique, ainsi que les tourmentes laïques, religieuses, écologiques et politiques.