Émile de Girardin. Le Napoléon de la Presse, d’Adeline Wrona


Malgré deux erreurs historiques dans le texte (la rue Jean-Pierre Timbaud qui ne s’appelait pas ainsi au xixe siècle et Emmanuel Arago au lieu de François parmi les dirigeants de 1848), l’autrice parvient à retracer la vie du premier grand patron de presse français comme dans un scénario haletant. En reconstituant sa généalogie complexe et son jeu sur la filiation pour se vieillir et se présenter comme député sous la monarchie de Juillet ; en distinguant ses grands amis, notamment Balzac, et ses ennemis jurés comme l’équipe du National ou Thiers, dont le parallélisme dans l’ambition ou l’ascension sociale avec Girardin est mis en avant par l’historienne. Son sujet est présenté comme l’inventeur des abonnements à prix cassés, du roman-feuilleton et des indiscrétions parisiennes dans la presse. Signées par son épouse, Delphine de Girardin, sous pseudonyme, ce qui met en avant cette écrivaine, mieux connue comme compagne de spiritisme de Victor Hugo à Jersey. La vie d’Émile, à travers les révolutions parisiennes, est narrée comme le fil rouge de la conquête des libertés de la presse au xixe siècle, avec pour courte apothéose son rôle comme député lors de l’adoption de la loi de 1881 qui, selon Adeline Wrona, correspond à son idéologie d’une concurrence totale sans aucun contrôle étatique sur le quatrième pouvoir. Sa carrière de girouette politique et ses manœuvres pour devenir député de Bourganeuf (Creuse) amusent au long d’un livre aussi distrayant qu’un roman, surprenant en tant que biographie d’un homme si important à son époque et quasiment oublié aujourd’hui. Un Charles Foster Kane français se construisant des demeures parisiennes ou creusoises dignes de Xanadu.

Gallimard, 2025
256 p. 22 €