L’amie américaine de Serge Toubiana


Helen Scott était jusqu’alors connue des cinéphiles comme traductrice des entretiens entre Hitchcock et Truffaut, dont l’édition définitive est parue aux éditions Gallimard en 1993. Le premier mérite de l’ouvrage de Serge Toubiana est de resituer son parcours souvent étonnant : Helen Scott, militante communiste dans sa jeunesse, travailla au Congrès des États-Unis, à Brazzaville pour la France libre, comme traductrice aux Nations unies, et même en tant qu’attachée de presse du procès de Nuremberg, avant d’être embauchée au French Film Office de New York, où elle rencontre en 1960 François Truffaut. Sa fonction de promotrice et représentante du cinéma français aux États-Unis l’amena à rencontrer tous les réalisateurs de la Nouvelle Vague, même si l’auteur des Quatre Cents Coups gardera toujours ses faveurs. L’Amie américaine est un beau livre sur l’amitié entre un créateur et une admiratrice dévouée à son œuvre. Serge Toubiana explique le rôle joué par Scott dans le Hitchcock/Truffaut, qui rend le livre plus pédagogique, qui explique au réalisateur français qu’il faut construire son ouvrage de manière éditoriale, bâtir une argumentation et ne pas se contenter d’une suite de propos admiratifs, y compris dans ses questions au maître. Elle aidera également Truffaut à élaborer le scénario de Fahrenheit 451 (1966), sur le tournage duquel elle assistera le cinéaste. Elle finira sa vie à Paris, amie de plusieurs producteurs et cinéastes, si proche de Truffaut qu’elle repose à quelques encablures de sa tombe au cimetière de Montmartre. L’Amie américaine restitue ainsi la vie d’une servante du cinéma, d’une polyglotte ayant participé à l’internationalisation de la Nouvelle Vague, par le récit émouvant d’une très grande amitié, jusqu’à l’amour évident de Scott pour Truffaut.

Stock, 2020
300 p. 20 €