Pour une pensée systémique de Donella H. Meadows

Traduit par Marianne Bouvier

En nous invitant à « danser » avec le système, Donella H. Meadows propose de responsabiliser les individus et affirme la prédominance de l’important sur le quantifiable.


Donella H. Meadows est la principale autrice du célèbre rapport commandé par le club de Rome et publié, avec Dennis Meadows, sous le titre Les Limites à la croissance (dans un monde fini) en 1972. En 2008, elle publie une synthèse de sa réflexion sur la pensée systémique, désormais lisible en version française.

Elle définit le système comme « un ensemble de choses – personnes, cellules, molécules ou autres – qui sont reliés entre elles de manière à générer leur propre schéma comportemental au fil du temps. Le système est susceptible d’être bouleversé, contraint, déclenché ou entraîné par des forces extérieures ». En interagissant entre eux, les éléments du système forment un schéma avec une fonction et un objectif précis. La structure d’un système (bancaire, économique, politique ou social), avec un ensemble de variations (les flux), détermine son comportement, c’est-à-dire sa performance au fil du temps. Un système, comme notre système immunitaire, a une certaine capacité (la résilience) à se remettre d’une perturbation ou à se transformer pour survivre. Le système s’autorégule avec des boucles de rétroaction, qui mettent en valeur la relation non linéaire entre cause et conséquence. Les boucles peuvent être régulatrices (le système revient à l’équilibre) ou amplificatrices (dérèglement, effet « boule de neige »). Plus le délai de mise en place de la boucle de rétroaction est grand, plus l’oscillation du système est importante. En analysant des cas concrets, comme les politiques publiques américaines de lutte contre la pauvreté ou la consommation de drogues, l’autrice propose un long développement pour détecter les pièges (dérive de la notion de performance, confusion entre effort déployé et résultat) et les opportunités d’un système.

L’ouvrage constitue une bonne introduction à la pensée systémique, qui fait écho à la cybernétique, proposée à la fin des années 1940 par Norbert Weiner, et aux travaux d’Edgar Morin. La multiplication récente de chaires d’enseignement et de recherche autour des systèmes et de la complexité témoigne de la pérennité de cette réflexion.

Le dernier chapitre, « Vivre dans un monde de systèmes », interroge la fiabilité et les limites de la pensée systémique. En nous invitant à « danser » avec le système, Donella H. Meadows propose de responsabiliser les individus et affirme la prédominance de l’important sur le quantifiable. Toute modélisation systémique, aussi fine soit-elle, n’empêche pas l’imprévisible et l’incertain, et il est difficile de généraliser des types d’action pour transformer un système qui fonctionne mal. Il s’agit plutôt d’identifier, de comprendre et éventuellement de remettre en question le modèle, non pour prédire ce qui arrivera, mais pour explorer ce qui arriverait en fonction de l’évolution de certains facteurs. Prévoir le futur est une quête vaine. Mais la pensée systémique permet d’imaginer, de créer, de mieux appréhender le système pour y trouver des leviers du changement.

Rue de l’échiquier, 2023
288 p. 25 €