La très grande taille au féminin. Les ambivalences d’une stature « hors norme » de Marie Buscatto
La sociologue Marie Buscatto consacre une monographie aux femmes d’une très grande taille, à partir d’un échantillon limité (une cinquantaine de femmes), fédéré dans des groupes Facebook. Entre 690 000 et un million de femmes seraient concernées par une stature « hors norme », qui se remarque dès l’enfance, cristallise les causes d’un certain mal-être à l’adolescence et bénéficie d’une acceptation relative à l’âge adulte. Le regard des autres, en particulier de la famille et des proches, est central : si des parents tendent à valoriser la grande taille de leur fille, d’autres en ont peur, à la fois du point de vue morphologique et sur le plan de l’acceptation sociale, à tel point que certains envisagent, à l’adolescence, de recourir à des traitements hormonaux pour limiter la croissance de leur enfant. Marie Buscatto souligne que ces femmes sont, très tôt, la cible de regards interrogateurs, de commentaires insistants (« comme vous êtes grande ! »), de quolibets humiliants (« girafe », « asperge »…), ainsi que de représentations négatives dans le théâtre, le cinéma, la littérature, les dessins animés et les mangas. Avec l’expérience du mannequinat, le plus souvent non professionnel, elles sont valorisées, apprennent à se coiffer, à se maquiller, à s’habiller, à marcher de manière « féminine » le temps d’une prise de vue ou d’un défilé. Elles deviennent, dans le regard masculin jusque-là sévère ou moqueur, des trophées à conquérir et entrent ainsi par effraction sur le marché de la séduction. La mise en couple n’en est pas moins parfois complexe, tant le stéréotype du couple « bien assorti » en matière de taille reste prégnant. Marie Buscatto ne relève pas de trajectoire sociale ascendante parmi les femmes très grandes, qu’une certaine « masculinisation » aurait pu favoriser. Elles resteraient à la fois atypiques au regard des canons esthétiques et sociaux, et banalement féminines du point de vue de l’employabilité.