Notes de lecture

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Épistémologie et esthétique de l’espace chez Gaston Bachelard d'Aurosa Alison

Préface de Jean-Jacques Wunenburger

mars 2020

Philosophe italienne, Aurosa Alison aborde l’œuvre de Gaston Bachelard (1884-1962) avec la notion d’« espace », physique aussi bien que poétique, qui permet de saisir la pensée de Gaston Bachelard comme unifiée, sans la décomposer au moins en deux, comme on le fait trop régulièrement : d’un côté le « scientifique » et de l’autre le « poète ». L’autrice démontre que ce sont les deux faces de la même médaille. Ses travaux d’épistémologie et de philosophie des sciences lui permettent d’élaborer « le nouvel esprit scientifique » tout en nourrissant ses ouvrages sur l’imagination matérielle. Aussi Aurosa Alison construit-elle son essai en trois parties : « l’espace épistémo­logique » (avec l’apport des géométries non euclidiennes et de la physique einsteinienne), « l’espace poétique » (les quatre éléments qui concourent à une poétique du refuge), « l’espace dialectique » (les rapports du grand et du petit et du dehors et du dedans). Avec un réel talent pédagogique, elle nous entraîne dans les pas de Bachelard pour comprendre comment il élabore une théorie matérielle de l’espace alliée à un matérialisme rationnel, ce qui lui permet d’évoquer une « bi-phénoménologie » qui « relève d’un côté, la prise de conscience elle-même, l’ascétisme de la conscience qui trouvera sa joie dans les disciplines scientifiques et une phénoménologie qui reconnaît d’un autre côté, la sourde persistance de l’inconscient, l’avidité jamais satisfaite de rêveries inconscientes ». Puis, pour expliciter « l’espace poétique », l’autrice s’attarde sur le foyer (le feu mais aussi la flamme d’une chandelle), qui exprime l’intimité, la chaleur et le bien-être du chez-soi, la rivière toujours en mouvement (elle charrie mille souvenirs et rafraîchit le présent), la voûte céleste (l’air, le vent, les aléas climatiques, l’ascension et bien sûr le souffle poétique : « la vie est un mot qui aspire, l’âme est un mot qui expire ») et le refuge (la maison, le ventre, la grotte). Enfin, Bachelard dialectise, polémique, « attaque » un problème, questionne les réponses, cerne les oppositions, s’attache aux imaginaires que produisent les éléments, bref il donne à la pensée sa turbulence… Cet ouvrage est à la fois une introduction à l’œuvre de Bachelard et une invitation à la lire.

Mimésis, 2019
316 p. 26 €

Thierry Paquot

Philosophe, professeur à l'Institut d'urbanisme de Paris, il est spécialiste des questions urbaines et architecturales, et participe activement au débat sur la ville et ses transformations actuelles. Thierry Paquot a beaucoup contribué à diffuser l'oeuvre d'Ivan Illich en France (voir sa préface à Ivan Illich, La Découverte, 2012), et poursuit ses explorations philosophiques du lien entre nature,…

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Le dossier, coordonné par Bernard Perret, regrette que la prise de conscience de la crise écologique ait si peu d’effet encore sur la science et les réalités économiques. C’est tout notre cadre de pensée qu’il faudrait remettre en chantier, si l’on veut que l’économie devienne soutenable. À lire aussi dans ce numéro : survivre à Auschwitz, vivre avec Alzheimer, le Hirak algérien, le jeu dangereux entre l’Iran et les États-Unis et un entretien avec les réalisateurs de Pour Sama.