La mosaïque d’Istanbul d'Andrija Matić

Trad. par Alain Cappon


À Belgrade, Dalibor, jeune Serbe désœuvré de 25 ans, vit une belle aventure amoureuse avec Merve, une jeune Turque qui doit rentrer à Istanbul. Dalibor l’accompagne, mais le couple se sépare rapidement et Dalibor décide de rester dans cette mégalopole qui le fascine. Il trouve difficilement un logement insalubre (une sorte de cave aux murs moisis) et un boulot peu rémunérateur, professeur d’anglais dans une institution privée. Musicien, il réussit à rejoindre un groupe local et à donner quelques concerts dans des boîtes de la ville. Il arpente Istanbul et rencontre une Canadienne, Evelyn, qui a un bon travail dans une organisation non gouvernementale. Il est heureux avec cette femme séduisante, qui a vingt ans de plus que lui, ce qui le questionne. Si sa situation économique est précaire – son faux permis de travail ne le protège en rien d’une expulsion –, l’éloignement progressif d’Evelyn l’abat au point de développer une jalousie insensée. Il se met à l’espionner, persuadé qu’elle a un autre amant. Evelyn rencontre Norman, un photographe américain, plus âgé qu’elle, qui vit à Istanbul et expose ses dernières photographies prises dans cette ville, qu’il a regroupées par thèmes, d’où le titre La Mosaïque d’Istanbul. Ils se revoient à plusieurs reprises et se racontent des pans de leur histoire, sans pour autant tomber amoureux l’un de l’autre. Or Dalibor se persuade qu’ils sont ensemble et imagine de les tuer, mais un coup d’État militaire immobilise toute la ville et la police se met à s’inquiéter de tout étranger. Il est contraint de retourner à Belgrade, mentant à ses parents sur sa situation et se mettant à boire plus que de raison ; il brise les fenêtres de la maison et se retrouve interné. Il rêve de retourner à Istanbul pour réaliser son plan macabre. Pendant ce temps, Norman décide de rester dans cette ville, dont il n’a pas épuisé les secrets, et Evelyn rentre à Toronto se reposer en espérant devenir écrivaine. Ce roman croise les destins de trois personnages attachants sur fond d’une ville en colère, avec de nombreuses manifestations, réprimées par une police sans états d’âme. L’auteur analyse très bien la jalousie qui ronge Dalibor au point de le déséquilibrer. Chaque quartier de cette ville-mosaïque fait l’objet d’une subtile description. Leurs différentes ambiances ne parviennent pas à apaiser les tensions qui animent ces personnages. Chacun poursuit son chemin sans trop s’inquiéter de ce qui arrive aux autres qu’ils ont, un moment, fréquentés…

Serge Safran, 2023
368 p. 23,90 €