Précisions sur la fin du monde d’Yves Cochet


Mathématicien, ancien ministre de l’Écologie dans le gouvernement Jospin, co-fondateur de l’Institut Momentum et co-animateur de la revue théorique Entropia, Yves Cochet, de livre en livre, affirme sa conviction collapsologique. Dans ce court essai, il tente d’alerter ses concitoyens que la fin du monde est proche et qu’il est envisageable, non pas de la retarder, mais de la vivre sans trop en souffrir.

« Malgré les dizaines de rapports, malgré les milliers de pages alarmistes rédigées par les scientifiques depuis trente ans, regrette-t-il, rien ou presque ne s’oppose à l’accélération du dérèglement climatique, de la destruction des populations et des espèces, de la pollution des milieux, de l’extraction des ressources non renouvelables, de la croissance des inégalités. Pourquoi tant d’aveuglement, pourquoi tant de déni, pourquoi tant d’inaction ? » Sa réponse est sans appel : « C’est la catastrophe elle-même qui contribue à cette minimisation, non pas malgré sa démesure, mais grâce à cette démesure. L’immensité de la catastrophe est telle qu’elle excède nos capacités de compréhension, aussi bien de perception que d’imagination. » Aussi rassemble-t-il les dernières publications (majoritairement anglo-saxonnes) qui démontrent la gravité de la situation et l’inadéquation des rares analyses et politiques proposées.

« L’ennemi principal n’est donc pas la forme institutionnelle de l’économie, libérale ou dictatoriale, peu importe, c’est le productivisme. » Il faut donc rompre avec ce dernier, ce qui signifie, par exemple, l’arrêt du nucléaire, que certains proclament « propre », alors même que nous ne maîtrisons en rien son fonctionnement, qu’il serait ruineux de démanteler les actuelles centrales et qu’il est, en l’état actuel de nos connaissances, impossible de se débarrasser des déchets radioactifs, sans compter le difficile contrôle du nucléaire militaire. Cela signifie aussi une réduction drastique de la population mondiale et de son empreinte environnementale, une rupture avec la société de consommation et accepter une sobriété encore jamais expérimentée, seule décroissance efficace inscrite dans le local.

Qui est prêt à ces changements radicaux ? Yves Cochet recense peu de volontaires ! Mais avons-nous le choix ? Non, répond-il. La fin du monde est notre horizon, il faut admettre que l’histoire n’a pas de sens et que le bien n’est qu’un leurre. Le lecteur se dit qu’il y a forcément quelque chose à faire pour contrer l’effondrement, animé qu’il est encore par une vision progressiste de l’histoire ou par une croyance en un « ré-enchantement » de la société décroissante…Yves Cochet se refuse à être un prophète du malheur, aussi évoque-t-il quelques pistes à explorer dès maintenant, comme celle de la « biorégion », de la « juste taille », de la « dépense » jouissive et émancipatrice, qu’il emprunte à Georges Bataille. Le sérieux de sa démonstration appelle un sérieux débat.

Les Liens qui libèrent, 2024
176 p. 17 €