Un procès clandestin. À la lueur des archives de la police secrète polonaise. Suivi de L’armoire de Kafka d'Adrien Le Bihan
Romancier et essayiste, Adrien Le Bihan a été en poste dans plusieurs Institut français, ce qui en fait un voyageur et un polyglotte. Il puise dans ses carnets et son excellente mémoire pour conter sa mésaventure polonaise, qui débute en 1975 à Cracovie, en terre « socialiste ». Qu’il bénéficie d’une automobile immatriculée CD et d’un passeport diplomatique le rend suspect aux agents de la sécurité chargés de le surveiller. Sa vie quotidienne, ses amours, ses écrits et ses déplacements sont dûment décrits. L’auteur ne le découvrira qu’avec l’effondrement du bloc soviétique et l’accès aux archives policières, qui possèdent trois gros dossiers à son nom. Entre-temps, il s’est marié, a été père, a divorcé, n’a plus pu voir sa fille durant de longues années… Cette épopée kafkaïenne, bureaucratique, absurde, disproportionnée, est relatée avec humour par l’auteur, qui affectionne Alfred Jarry. Son personnage lui ressemble, mais il en fait une sorte de double, manipulé, victime des circonstances qu’il ne peut réorienter ; aussi ce roman – car il s’agit de littérature – se veut-il un « roman vrai », en ceci que tout ce qui est raconté n’est pas inventé ; c’est la vérité fictionnée, avec un rare talent. Ce portrait de la Pologne d’avant Solidarność, au ras des rapports policiers, se conclut avec une remarquable divagation érudite et joyeuse sur Le Procès de Kafka, auquel le roman-vrai emprunte bien des traits. Une fois la lecture faite, le lecteur comprend mieux la citation de Thomas Bernhard placée en exergue : « Tout ce qui est écrit, imprimé, ce sont des faux, même les actes de naissance. »