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Notes de lecture

Dans le même numéro

Un procès clandestin. À la lueur des archives de la police secrète polonaise. Suivi de L’armoire de Kafka d'Adrien Le Bihan

novembre 2022

Romancier et essayiste, Adrien Le Bihan a été en poste dans plusieurs Institut français, ce qui en fait un voyageur et un polyglotte. Il puise dans ses carnets et son excellente mémoire pour conter sa mésaventure polonaise, qui débute en 1975 à Cracovie, en terre « socialiste ». Qu’il bénéficie d’une automobile immatriculée CD et d’un passeport diplomatique le rend suspect aux agents de la sécurité chargés de le surveiller. Sa vie quotidienne, ses amours, ses écrits et ses déplacements sont dûment décrits. L’auteur ne le découvrira qu’avec l’effondrement du bloc soviétique et l’accès aux archives policières, qui possèdent trois gros dossiers à son nom. Entre-temps, il s’est marié, a été père, a divorcé, n’a plus pu voir sa fille durant de longues années… Cette épopée kafkaïenne, bureaucratique, absurde, disproportionnée, est relatée avec humour par l’auteur, qui affectionne Alfred Jarry. Son personnage lui ressemble, mais il en fait une sorte de double, manipulé, victime des circonstances qu’il ne peut réorienter ; aussi ce roman – car il s’agit de littérature – se veut-il un « roman vrai », en ceci que tout ce qui est raconté n’est pas inventé ; c’est la vérité fictionnée, avec un rare talent. Ce portrait de la Pologne d’avant Solidarność, au ras des rapports policiers, se conclut avec une remarquable divagation érudite et joyeuse sur Le Procès de Kafka, auquel le roman-vrai emprunte bien des traits. Une fois la lecture faite, le lecteur comprend mieux la citation de Thomas Bernhard placée en exergue : « Tout ce qui est écrit, imprimé, ce sont des faux, même les actes de naissance. »

Le Temps qu’il fait, 2022
162 p. 20 €

Thierry Paquot

Philosophe, professeur à l'Institut d'urbanisme de Paris, il est spécialiste des questions urbaines et architecturales, et participe activement au débat sur la ville et ses transformations actuelles. Thierry Paquot a beaucoup contribué à diffuser l'oeuvre d'Ivan Illich en France (voir sa préface à Ivan Illich, La Découverte, 2012), et poursuit ses explorations philosophiques du lien entre nature,…

Dans le même numéro

Chine : la crispation totalitaire

Le xxe Congrès du PCC,  qui s'est tenu en octobre 2022, a confirmé le caractère totalitaire de la Chine de Xi Jinping. Donnant à voir le pouvoir sans partage de son dictateur, l’omniprésence et l'omnipotence d'un parti désormais unifié et la persistance de ses ambitions globales, il marque l’entrée dans une période d'hubris et de crispation où les ressorts de l'adaptation du régime, jusque-là garants de sa pérennité, sont remis en cause. On observe un décalage croissant entre l’ambition de toute-puissance, les concepts-clés du régime et le pays réel, en proie au ralentissement économique. Le dossier de novembre, coordonné par la politologue Chloé Froissart, pointe ces contradictions : en apparence, le Parti n’a jamais été aussi puissant et sûr de lui-même, mais en coulisse, il se trouve menacé d’atrophie par le manque de remontée de l’information, la demande de loyauté inconditionnelle des cadres, et par l’obsession de Xi d’éradiquer plutôt que de fédérer les différents courants en son sein. Des failles qui risquent de le rendre d'autant plus belliqueux à l'égard de Taiwan. À lire aussi dans ce numéro : Le droit comme œuvre d’art ; Iran : Femme, vie, liberté ; Entre naissance et mort, la vie en passage ; En traduisant Biagio Marin ; et Esprit au Portugal.