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Square Cube © 1024 Architecture
Square Cube © 1024 Architecture
Flux d'actualités

Rêve électro

juillet 2019

Véritable immersion dans la culture électro, l’exposition à la Philharmonie de Paris permet d’aller à la rencontre d’un univers polymorphe.

Du 9 avril au 11 août, l’exposition Électro. De Kraftwerk à Daft Punk poursuit la volonté de la Philharmonie de Paris de se tourner vers les formes musicales contemporaines. Véritable immersion dans la culture électro, l’exposition permet d’aller à la rencontre d’un univers polymorphe. Le public se familiarise avec des musiques, des objets, des machines (platines, consoles), des DJs, des producteurs et des lieux (villes, night-clubs). Le choix audacieux du studio 1024 Architecture de s’affranchir de tout didactisme scénographique donne corps à une proposition originale et sensorielle qui permet de répondre à une question : comment peut-on conduire un public hétéroclite (initiés et non-initiés) à se rendre à une exposition consacrée un genre musical programmé pour le dance floor. La réponse apportée par cette « exposition-témoin » est triple.

Électro est d’abord une déambulation visuelle. Tous les espaces, qu’il s’agisse de la grande salle principale ou des espaces plus restreints consacrés à des événements historiques, à des objets de la culture techno (vinyles, flyers) ou à des performances scéniques, sont plongés dans le noir. De l’installation originale des Daft Punk au rouge expressif à la très remarquée œuvre Core du studio 1024, les visiteurs arpentent un espace hypermoderne qui reproduit la sensation visuelle des dance floors. L’obscurité est atténuée par des lettres géantes en couleurs fluo. Les cimaises noires sont éclairées à la lampe ultraviolette. Électro permet d’esquisser les correspondances entre musiques électroniques et arts plastiques. Après avoir admiré le « studio imaginaire » de Jean-Michel Jarre, le public peut s’installer dans une petite salle de cinéma pour regarder un concert vidéo projeté en 3D de Kraftwerk ou le court film de Patric Chiha consacré au spectacle de Gisèle Vienne.

Électro est aussi une exploration auditive. Dès l’entrée, le visiteur reçoit un casque. Loin de constituer un objet superfétatoire, celui-ci permet au public d’écouter des dizaines de tableaux musicaux. Selon le dispositif retenu par le commissaire d’exposition Jean-Yves Leloup, le spectateur branche son casque dans les nombreuses prises jack, puis regarde les photographies ou écrans de télévision. Le visuel devient complémentaire des extraits sonores. Si le choix d’offrir un casque individualise la visite, les onze mixes choisis par Laurent Garnier constituent une bande-son entraînante et omniprésente. Ils rythment les allées et venues du public de rythmes empruntés à la French Touch, à la techno minimale allemande, à l’acid house anglaise, à la disco new-yorkaise…

Électro est enfin un rappel politique. L’exposition montre le chemin parcouru depuis les débuts dans les clubs undergrounds de Detroit. Elle rappelle les causes associées aux musiques électroniques (minorités ethniques, mouvement queer, reconnaissance des femmes, lutte contre les répressions des raves…). Elle suggère enfin, plus qu’elle ne montre, que les acteurs et actrices de cette communauté protéiforme (musicien·ne·s, ingénieur·e·s, noctambules…) ont su trouver dans ce genre musical une fenêtre utopique sur le monde et que ces musiques, aussi festives et robotiques soient-elles, s’accompagnent de luttes menées par des hommes et des femmes en quête d’hédonisme et de reconnaissance.

L’exposition Électro parvient donc à conduire un public hétéroclite à ressentir la richesse d’une forme musicale et moderne dans un musée. On pourrait reprocher le manque d’espace, la mise en valeur lacunaire du travail de photographes de premier plan (Andreas Gursky, Massimo Vitali, Rineke Dijkstra…) ou de plasticiens (Keith Haring, Claude Lévêque) ou le refus d’expliciter les différences au sein des musiques électroniques. Mais Électro est un espace ouvert, conçu pour permettre la libre circulation d’un public qui a la possibilité d’écouter de très nombreux morceaux ou de regarder des extraits vidéo ou audio dans une ambiance nocturne et ludique.

Alexandre Diallo

Postdoctoral Research Fellow à l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne (ERC DEMOSERIES). Contributeur-expert à Sport et Citoyenneté et Teaching Assistant à Sciences Po Paris.