Svetlana Tikhanovskaïa à Vienne le 8 octobre 2020 © BMEIA / Gruber
Svetlana Tikhanovskaïa à Vienne le 8 octobre 2020 © BMEIA / Gruber

Prix Sakharov 2020 : « Les Biélorusses ne se rendront pas ! »

Le Parlement européen a reconnu le Conseil de coordination de l’opposition démocratique en Biélorussie comme « représentant par intérim du peuple, qui réclame un changement démocratique en Biélorussie ».


Le 22 octobre 2020 à Bruxelles, le président du Parlement européen David Sassoli félicite les représentants de l’opposition biélorusse « pour leur courage, leur résilience et leur détermination », en annonçant que le prix Shakarov 2020 est décerné à l’opposition démocratique à un sixième mandat du président Loukachenko, représentée par son Conseil de coordination1. La constitution d’un Conseil de coordination de l’opposition démocratique en Biélorussie est une initiative de Svetlana Tikhanovskaïa, candidate concurrente d’Alexandre Loukachenko à l’élection présidentielle biélorusse du 9 août 2020, qui est apparue entachée d’irrégularités et de fraudes massives.

Le Parlement européen a reconnu le Conseil de coordination de l’opposition démocratique en Biélorussie comme « représentant par intérim du peuple, qui réclame un changement démocratique en Biélorussie », infirmant la légitimité d’un sixième mandat d’Alexandre Loukachenko comme président de la Biélorussie. État membre frontalier de l’Union européenne (UE), la Lituanie, où ont pu se réfugier certains dirigeants de l’opposition démocratique, a offert son soutien au Conseil de coordination, lors d’un entretien téléphonique de son président Gitanas Nausėda avec Svetlana Tikhanovskaïa. Pour sa part, le Premier ministre lituanien a appelé la Biélorussie à organiser de nouvelles élections « libres et équitables », qui puissent être supervisées par des observateurs internationaux. Ann Linde, ministre suédoise des Affaires étrangères, a condamné la violente répression du régime Loukachenko envers les manifestants pacifiques comme « inacceptable », en recevant Olga Kovalkova, responsable en exil du Conseil de coordination et dirigeante du Parti démocrate-chrétien biélorusse.

Au lendemain de la prestation de serment organisée en catimini le 23 septembre 2020 par Loukachenko pour un sixième mandat, le Haut Représentant de l’UE aux Affaires étrangères, Josep Borrell, déclare qu’au « vu de la situation actuelle, l’UE réexamine ses relations avec la Biélorussie ». Dans une interview le 27 septembre 2020, Emmanuel Macron salue l’engagement des manifestants pour que vive la démocratie, déclarant que « Loukachenko doit quitter le pouvoir ». Deux jours plus tard, le président français en visite officielle à Vilnius reçoit Svetlana Tikhanovskaïa lui demandant une médiation européenne. Début novembre, l’UE gèle les avoirs de Loukachenko, de son fils Viktor en tant que conseiller à la sécurité, et de treize autres membres de l’entourage, dont son chef de cabinet, Igor Sergeenko, et le chef de ses services secrets, Ivan Tertel. Cette décision renforce ainsi les sanctions déjà prises (interdictions de visas européens et gels des avoirs financiers et économiques) à l’encontre d’une quarantaine d’affidés politiques ayant participé à l’organisation des fraudes électorales et à la répression violente des manifestations.

En effet, on estime à plus de 14 000 personnes le nombre de manifestants arrêtés depuis le début de la contestation. Tous les dimanches depuis le 9 août 2020, les manifestants réclament le départ de Loukachenko, l’organisation d’un nouveau scrutin et la libération des prisonniers politiques. Ces marches, réunissant jusqu’à 100 000 personnes depuis la mi-août, sont désormais plus difficiles à organiser, compte tenu de la répression des forces de l’ordre pratiquant des arrestations massives de plusieurs centaines de manifestants. Pour déjouer le blocage du centre-ville de Minsk et des stations de métro, les opposants inaugurent depuis une nouvelle forme de protestation : « la marche des voisins », organisée dans chaque quartier. Néanmoins, Viasna, organisation de défense des droits humains, ne recense pas moins de trois cent soixante interpellations pour la seule manifestation du 29 novembre 2020. De son exil à Vilnius, Svetlana Tikhanovskaïa déclare sur Telegram : « Chaque manifestation est un rappel que les Biélorusses ne se rendront pas ! »

  • 1. Cette structure de la société civile biélorusse a été créée à l’initiative de Svetlana Tikhanovskaïa pour surmonter la crise politique et organiser la transition vers un gouvernement démocratique. Comptant actuellement plus de 5 500 membres, le Conseil de coordination est dirigé par un présidium de sept personnalités, parmi lesquelles figure Svetlana Alexievitch, Prix Nobel de littérature 2015, première auteure de langue russe à recevoir cette distinction.