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© Pathé Distribution
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Le désir sans intelligence. A propos de Mektoub, My love : Canto Uno d'Abdellatif Kechiche

juin 2018

Le front de mer est radieux et la lumière irradie la salle. Nous croyons alors à des noces camusiennes portées à l’écran : à Tipasa, comme à Sète, « ce doit être cela, la jeunesse, ce dur tête-à-tête avec la mort, cette peur physique de l’animal qui aime le soleil ». Dans la scène d’ouverture, l’acteur principal, Shain Boumedine, s’arrête devant une maisonnette et observe par la fenêtre le seul endroit où un acte sexuel est explicitement montré, pulsion scopique initiale qui donne le ton du film et le structurera jusqu’au bout. « Je comprends ici ce qu’on appelle gloire : le droit d’aimer sans mesure. Étreindre un corps de femme, c’est aussi retenir contre soi cette joie étrange qui descend du soleil vers la mer » : c’est encore Camus à qui nous pensons lorsque nous découvrons une sensualité pleine et impudique, poésie de l’érotique qui échappe encore à toute tentation doctrinaire. Il serait en effet injuste de nier le talent d’Abdellatif Kechiche pour filmer l’image qui attire la lumière, esthétique dansante et solaire, et le caractère beau et lourd des corps dévoilés. Il serait dangereux pourtant de nous laisser assommer par la plastique virtuose de l’œuvre sans souligner l’immensité barbare des clichés qui servent le propos du film : le triptyque sacré de la putain, de la maman et de la vierge, la paresse lascive des hommes (arabes), l’inanité du langage devant le charnel. Nous aurions voulu la hardiesse de l’irrévérence et nous voici face à la pauvret

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Marie Justice

Étudiante en master de droit économique à Sciences po Paris.

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Nous sommes les témoins du retour de la clôture politique (fascismes, racismes, exclusions) et d’un discours qui réduit la société ouverte au marché. Dans ce contexte, il est urgent de relancer l’ouverture réelle, comme y invitent Camille Riquier et Frédéric Worms après Bergson, ainsi que les auteurs d’un riche abécédaire critique.