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La destitution permanente

Le mouvement des Gilets jaunes en France peut-il gagner en unité et en cohérence, pour devenir un nouveau pouvoir instituant ? Ou risque-t-il d'échouer, comme le Mouvement 5 étoiles en Italie, sur trop de contradictions internes ? Pourquoi cette fixation sur la destitution du Président, qui semble mettre en cause la possibilité même d'un pouvoir légitime ?

La référence à la Révolution française est dans l’air en ces jours enflammés. Risquons-nous alors à détourner la définition que l’abbé Sieyès donnait du Tiers État en 1789. Que sont les Gilets jaunes ? Tout. Qu’ont-ils été jusqu’à présent dans l’ordre politique ? Rien. Que demandent-t-ils ? À être quelque chose. Tout et rien, donc : une multitude éparse qui veut être reconnue comme sujet politique. Peut-être est-ce une façon d’expliquer comment le mouvement se pense lui-même et comment il pense (ou ne pense pas) ses propres contradictions. Car ce peuple qui se soulève aux quatre coins de France – dans les campagnes et dans les villes, dans les centres et dans les périphéries – recouvre des conditions sociales variées, des cultures politiques adverses, voire des intérêts divergents. Réussira-t-il à se faire pouvoir constituant d'un nouvel ordre, comme Sieyès l'annonçait pour le tiers état ? Ou du moins à exprimer une demande politique homogène ? C'est ce que certains semblent espérer. Mais plus le temps passe et plus les doléances s'accumulent, plus on se dit qu’autre chose est en train d’arriver&nb

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Raffaele Alberto Ventura

Philosophe, il écrit dans la presse italienne (Il Foglio, Linus) et collabore avec le site Le Grand Continent. Il est l’auteur d’un ouvrage paru en italien sur la crise de la classe moyenne, Teoria della classe disagiata (minimum fax, 2017).