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Enjeux d’une justice de l’intime

janv./févr. 2021

La dénonciation croissante, au cours des dernières années, des violences à caractère sexuel a sommé la justice d’intervenir dans une sphère qui lui était jusqu’ici étrangère : celle de l’intime. Comment réinventer l’institution pour répondre à cette demande sociale, qui se fait de plus en plus pressante ?

On a vu surgir ces dernières années des mouvements sociaux d’un type nouveau – la vague #MeToo en est le prototype – qui ont bouleversé le paysage politique en mettant la dénonciation des violences sexuelles au cœur du débat public. Ceux-ci nous laissent perplexes tant ils bouleversent des catégories de jugement bien établies. Progressistes, ces mouvements le sont assurément en contestant l’ordre établi. Mais ils présentent également des aspects régressifs, en risquant d’instaurer un nouvel ordre moral à travers le politiquement correct ou de faire monter la pression sociale par le biais de campagnes de disqualification d’une personne sur les réseaux sociaux (cancel culture). Ils contournent les institutions, notamment la justice, mais également des principes aussi essentiels que la présomption d’innocence, la prescription ou les droits de la défense.

Pour la majeure partie de ces mouvements, l’intervention de la justice apparaît inadaptée car jugée « patriarcale » et « verticale », ajoutant du traumatisme au traumatisme1. Le jugement est sévère, et en partie justifié, mais par quoi la remplacer ? Jamais, semble-t-il, la demande de justice n&rsqu

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Antoine Garapon

Magistrat, juge pour enfants, il a fondé l'Institut des Hautes Etudes sur la Justice (IHEJ), où il observe les mutations de la place du droit dans nos sociétés. Il anime sur France culture une émission consacrée à la pensée juridique, « Le Bien commun ». Il a développé sous le même nom une collection d'ouvrages, aux éditions Michalon, qui permettent de présenter des auteurs qui, sans être…

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Les femmes sont au cœur de nombreux mouvements sociaux à travers le monde. Au-delà de la vague #MeToo et de la dénonciation des violences sexuelles, elles étaient nombreuses en tête de cortège dans le soulèvement algérien du Hirak en 2019 ou dans les manifestations contre le président Loukachenko en Biélorussie en 2020. En France, leur présence a été remarquée parmi les Gilets jaunes et dans la mobilisation contre le dernier projet de réforme des retraites. Dans leur diversité, les mouvements de femmes témoignent d’une visibilité et d’une prise de parole accrues des femmes dans l’espace public, de leur participation pleine et entière aux débats sur l’avenir de la cité. À ce titre, ils consacrent l’existence d’un « sujet politique féminin ».