Soukhoï Su-24, à l'aéroport international de Lattaquié le 5 octobre 2015. Wikimédia
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L’intervention russe en Syrie

Mise en scène d’une revanche sur l’histoire

L’intervention russe en Syrie fait partie de la stratégie d’influence de Moscou, qui se met en scène comme garant de l’ordre international. Mais les rebelles syriens, la communauté internationale et même la société russe en font une tout autre lecture. L’opposition ne se joue plus uniquement au niveau du conflit armé, mais aussi sur le plan des symboles et des discours.

Si les dix ans du soulèvement syrien semblent sonner l’heure d’un état des lieux, la Russie, allié incontournable du régime, n’a pas attendu 2021 pour tirer son propre bilan. En 2017 déjà, l’état-major russe annonçait la « libération totale » du pays à l’occasion d’une visite de Vladimir Poutine sur place, tandis que Bachar al-Assad déclarait : « Ce qu’ont fait les militaires russes, les Syriens ne l’oublieront jamais. Leur sang s’est mêlé au sang des martyrs de l’armée syrienne. » L’année suivante, célébrant l’anniversaire des trois ans de son intervention militaire en Syrie, le ministère de la Défense russe vantait « l’expérience de combat » acquise sur le terrain et les mérites de l’industrie de l’armement à grands coups de statistiques. Dès le début du conflit, le Kremlin a déployé toutes ses armes dans une bataille qui est aussi celle d’un storytelling engageant un ensemble de signes historiques, idéologiques, religieux, voire mythologiques, et mettant en récit une véritable revanche sur l’histoire.

Une recomposition de la stratégie d’influence rus

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Camille Leprince

Diplômée de Sciences Po Paris en affaires internationales et de l'EHESS en arts et langages, Camille Leprince est chargée de recherche pour une institution artistique et culturelle. Ses recherches portent principalement sur la création dans le monde arabe et sa diaspora, mais aussi sur les dynamiques sociopolitiques de cette région.

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Force structurante de notre modernité, le libéralisme concentre ces dernières années toutes les critiques. Mais lorsque certains fustigent la société du tout marché, l’individualisme et l’égoïsme contemporains, l’élitisme, les inégalités ou l’autoritarisme, est-ce bien à l’idée libérale qu’ils en ont ? La démocratie peut-elle se passer du libéralisme ? C’est à ces questions que s’attache ce dossier, coordonné par Anne-Lorraine Bujon. Le libéralisme y apparaît d’abord comme une tradition plurielle, capable de se renouveler et de se combiner avec d’autres courants de pensée politique. Timothy Garton Ash le définit comme une méthode plutôt qu’un système : « une quête interminable pour déterminer le meilleur moyen de bien vivre ensemble dans les conditions de la liberté ». À quelles conditions, et dans quelles formes nouvelles peut-on défendre aujourd’hui l’idée libérale ? À lire aussi dans ce numéro : l’Allemagne après la réunification, les pays baltiques, la mémoire selon Ernest Pignon-Ernest, une lecture de Nœuds de vie de Julien Gracq, et la vie de Konrad von Moltke, le délégué de la nature.