Do not follow this hidden link or you will be blocked from this website !

Creative Commons Attribution 4.0. via Wikimédia
Creative Commons Attribution 4.0. via Wikimédia
Flux d'actualités

Le poutinisme, un phénomène multifactoriel

entretien avec

Yves Hamant

mars 2022

Yves Hamant, agrégé de russe, docteur en science politique, a été attaché culturel en URSS. Premier traducteur de L'Archipel du Goulag, il répond aux questions de Jean-Louis Schlegel sur ce qu’il sait des convictions de Vladimir Poutine, et sur la nature du phénomène inédit que représente le poutinisme.

Vous mettez en garde contre l’utilisation de clichés tels que « l’ours russe », « le tsar poutine ». Vous écrivez qu’ils sont réducteurs. Pourquoi ?

Je crains que l’on ne voie dans le poutinisme qu’un nouvel avatar de l’empire russe, de même que de Gaulle voyait à travers l’URSS la « Russie éternelle » en ignorant la nature idéocratique du projet communiste. Je suis convaincu que le poutinisme est une bête nouvelle, un phénomène sui generis déterminé par plusieurs facteurs et certainement le pire produit du post-communisme. À l’époque soviétique, ce qui a pu brouiller les cartes, c’est que, lorsque le régime était en difficulté, il mobilisait le sentiment national russe, comme Staline l’a fait pendant la Seconde Guerre mondiale. Pour se doter d’une légitimité seconde. C’est ce qu’avait relevé le philosophe et dissident polonais Leszek Kolakowski1. De même, on a vu Poutine tour à tour exalter Pierre le Grand, le tsar qui avait « ouvert une fenêtre sur l’Europe », reprendre le discours des « eurasiens » affirmant la vocation asiatique de la Russie, faire distribuer à ses fonctionnaires les livres de Nicolas Berdiaev et, surtout, accorder à l’Église orthodoxe un statut privilégié. Après cent-vingt ans marqués par deux révolutions, une guerre civile, la terreur stalinienne, les désordres inévitables consécutifs à l’effondrement de l’URSS, la reprise en main progr

Lecture réservée aux abonnés : L'indépendance d'Esprit, c'est grâce à vous !