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Banlieues et Gilets jaunes

novembre 2019

L’opposition entre les quartiers et les pavillons doit être nuancée par une commune division territoriale et une convergence des conditions de travail. Faute d’une croyance commune, c’est le lieu qui fait l’identité, et la base de la lutte.

Les révoltes politiques qui ont ébranlé la France ces dernières années ont toutes été territoriales : émeutes des banlieues en 2005, mouvement des Bonnets rouges en 2013, révolte des Gilets jaunes en 2018-2019. Certaines (comme les Bonnets rouges) ont obtenu immédiatement gain de cause, mais d’autres non. D’où leur amertume durable : lorsqu’on lui demandait pourquoi les banlieues n’avaient pas rejoint le mouvement des Gilets jaunes, Mohamed Mechmache, animateur social qui avait tenté de politiser l’insurrection des banlieues après 2005, ne pouvait que tonner : « Ils étaient où tous ces gens en 2005 ? »

Un peuple divisé

Pourquoi cette succession de luttes parcellisées, sans continuité ni liant ? La France serait-elle redevenue cet « agrégat inconstitué de peuples désunis » que déplorait Mirabeau ? Un archipel de communautés sans destin commun ? Dans cette vision, la politique aurait unifié le pays à partir de la Révolution, après quoi la lente désinstitutionalisation, l’affaiblissement juridique et financier, puis l’effondrement symbolique de l’État auraient décousu le tissu social, dessinant un pays dorénavant construit sur des form

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Erwan Ruty

Directeur du Médialab93 et ancien rédacteur en chef de Presse & Cité.

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Suite à la crise des Gilets jaunes, ce dossier, coordonné par Jean-Louis Schlegel et Jacques-Yves Bellay, décrit une France en archipel de bassins de vie : certains fragiles et relégués, d’autres attractifs et dynamiques. À lire aussi dans ce numéro : la révolution tunisienne, la tragédie du Venezuela et l’esprit du christianisme.