Portrait de Julia Kristeva
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La personne au centre

Entretien avec Julia Kristeva

juil./août 2019

Julia Kristeva revient sur l’affaire de diffamation dont elle a fait l’objet, analyse le nouveau communautarisme des colères, évoque son engagement psychanalytique, son athéisme et son intérêt pour la foi, le féminisme et la notion européenne de personne.

Georges Nivat – Revenons pour commencer sur la pénible affaire qui a vu, en mars 2018, des journaux français et américains faire état d’informations provenant d’une Commission officielle des archives de la sécurité d’État bulgare, qui semblaient indiquer que vous auriez été recrutée comme agent, dans les années 1970, par les services secrets bulgares. Comment comprendre que ces archives aient refait surface de cette façon, et surtout, que des journaux comme L’Obs et le New Yorker aient pu relayer ces informations sans aucune précaution ?

Julia Kristeva – Cette « affaire » est importante en effet parce qu’elle révèle que l’accélération médiatique préfère embaumer la mémoire de l’Europe totalitaire – qui ne manque pas de resurgir sous la forme d’une revanche nationaliste – plutôt que de s’atteler à une véritable réévaluation de ce désastre historique. J’ai été très choquée qu’un journal comme L’Obs puisse se précipiter sur ces prétendues révélations sans s’interroger un instant sur les manœuvres de la police secrète bulgare. Les rédacteurs du Mo

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Georges Nivat

Historien des idées et slavisant, traducteur spécialiste du monde russe.

Julia Kristeva

Professeure émérite de l'université Paris Diderot, psychanalyste, écrivaine, elle a récemment publié Je me voyage (Fayard, 2016). Julia Kristeva a rédigé de nombreux ouvrages sur la révolte (Sens et non-sens de la révolte, La révolte intime), sur l'amour (Histoires d'amour, Denoël, 1983), ou encore sur la foi et l'athéisme (Cet  incroyable besoin de croire, Bayard, 2007).…

Olivier Mongin

Directeur de la revue Esprit de 1989 à 2012   Marqué par des penseurs comme Michel de Certeau, qui le pousse à se confronter au structuralisme et l'initie aux problématiques de la ville et aux pratiques urbaines, Claude Lefort et Cornelius Castoriadis, les animateurs du mouvement Socialisme ou Barbarie, qui lui donnent les outils à la fois politiques et philosophiques de la lutte…

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Le dossier estival de la revue Esprit, coordonné par Camille Riquier, fait l’hypothèse que le monde capitaliste a substitué l’argent à Dieu comme nouveau maître invisible. Parce que la soif de l’or oublie le sang des pauvres, la communauté de l’argent est fondée sur un abus de confiance. Les nouvelles monnaies changent-elles la donne ? Peut-on rendre l’argent visible et ainsi s’en rendre maître ?