Do not follow this hidden link or you will be blocked from this website !

Gong Li, film 2046 · Copyright Océan Films
Dans le même numéro

L’avenir est un long passé. 2046 de Wong Kar-wai

décembre 2021

Par le truchement des intrigues amoureuses de M. Chow, 2046 aborde les angoisses suscitées par la rétrocession de Hong Kong à la Chine. L’impression d’anachronisme produite par l’esthétique du film entre en écho avec le sentiment de latence éprouvé par les habitants de la ville, entre souvenir de l’unité chinoise et anticipation de ce qui pourrait advenir.

Sous couvert de mélodrame dédié aux amours d’un écrivain de science-fiction, 2046 (2004) est en réalité une profonde méditation sur le déphasage historique et l’enchevêtrement des temporalités, pétrie d’imaginaires antagonistes. Situé dans le Hong Kong des années 1960, le film de Wong Kar-wai traite indirectement des angoisses suscitées par la rétrocession de la colonie britannique à la Chine en 1997. À travers les romans du protagoniste, il met également en fiction la promesse chinoise de ne pas toucher aux institutions politiques – relativement démocratiques – pendant une durée de cinquante ans, soit jusqu’en 2047 (« un pays, deux systèmes »). Or, depuis la répression des manifestations en faveur de la démocratie de 2019, l’adoption de la loi sur la sécurité nationale en juin 2020 et la réforme du système électoral en mars 2021, il est accablant de constater combien les craintes d’une reprise en main musclée de Hong Kong par Pékin étaient fondées1. Des prémonitions qui avaient infusé le cinéma hongkongais dès la nouvelle vague des années 1980, de John Woo à Tsui Hark en passant par Ringo Lam, et que Wong Kar-wai a discrètement distillées dans Les Cendres du temps (1994), Happy Together (1997) et, surtout, 2046.

Retissant certains des fils d’In the Mood for Love (2000), dédié à l’amour impossible entre M. Chow et Mme Chan, 2046 voit r

Lecture réservée aux abonnés : L'indépendance d'Esprit, c'est grâce à vous !

Nathalie Bittinger

Agrégée de lettres modernes et maître de conférences en études cinématographiques à l'université de Strasbourg, elle a publié 2046 de Wong Kar-wai (Armand Colin, 2007), Ang Lee. Taïwan - Hollywood, une odyssée cinématographique (Hémisphères, 2021), et dirigé Cinémas d'Asie. Nouveaux regards (Presses universitaires de Strasbourg, 2016) ainsi que Dictionnaire des cinémas chinois. Chine, Hong Kong,

Dans le même numéro

Le changement climatique a donné un nouveau visage à l’idée de fin du monde, qui verrait s’effondrer notre civilisation et s’abolir le temps. Alors que les approches traditionnellement rédemptrices de la fin du monde permettaient d’apprivoiser cette fin en la ritualisant, la perspective contemporaine de l’effondrement nous met en difficulté sur deux plans, intimement liés : celui de notre expérience du temps, et celui de la possibilité de l’action dans ce temps. Ce dossier, coordonné par Nicolas Léger et Anne Dujin, a voulu se pencher sur cet état de « sursis » dans lequel nous paraissons nous être, paradoxalement, installés. À lire aussi dans ce numéro : le califat des réformistes, la question woke, un hommage à Jean-Luc Nancy, la Colombie fragmentée, la condition cubaine selon Leonardo Padura, et penser en Chine.