« Mon Oncle » / Jacques Tati, Copyright Les Films de Mon Oncle
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Le tour du propriétaire

De Métropolis à Parasite, le cinéma façonne nos représentations de la ville et du logement. S’il jette souvent un regard acéré sur la ségrégation spatiale et les divisions inscrites dans l’habitat, il peut aussi envisager une réconciliation entre les classes sociales, ou donner à voir les vestiges d’architectures disparues.

Le cinéma ne cesse d’exploiter les potentialités symboliques des lieux de vie des personnages. Extension d’eux-mêmes, interface entre l’individuel et le collectif, la demeure concentre tout un réseau de problématiques familiales, sociales ou existentielles. Habiter le monde, c’est d’abord être ancré dans un foyer – urbain ou rural – qui implique un rapport à l’espace et au cadre, et une certaine façon de concevoir le lien à autrui. Tributaire des époques, le type de logement détermine des modes de vie et de socialisation. Il manifeste, à la fois concrètement et métaphoriquement, une ligne de partage sociale et politique : d’où voit-on le monde ? Dans quel contexte et sous quel angle ?

Le burlesque poétique de Mon oncle (1958) de Jacques Tati est un cas d’école : il confronte le charme désuet du vieux quartier de M. Hulot, débordant de bruits, de couleurs, d’interactions joyeuses, à la froideur de la maison cubique hyperfonctionnelle, saturée de décorations ridicules, de meubles inconfortables, d’objets de consommation qui se retournent contre l’humain. Par ailleurs, de l’après-guerre à nos jours, la représentation des taudis, des bidonvilles ou des cités a occupé le cinéma, pour offrir de la visibilité aux déclassés ou penser d’autres organisations urbaines. Deux ou trois choses que je sais d’elle (1966) s’ouvre sur des vues de Paris et plonge dans la réalité des grands ensembles – le « elle » du titre renvoyant à la banlieue parisienne. Jean-Luc G

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Nathalie Bittinger

Agrégée de lettres modernes et maître de conférences en études cinématographiques à l'université de Strasbourg, elle a publié 2046 de Wong Kar-wai (Armand Colin, 2007), Ang Lee. Taïwan - Hollywood, une odyssée cinématographique (Hémisphères, 2021), et dirigé Cinémas d'Asie. Nouveaux regards (Presses universitaires de Strasbourg, 2016) ainsi que Dictionnaire des cinémas chinois. Chine, Hong Kong,

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La question du logement nous concerne tous, mais elle peine à s’inscrire dans le débat public. Pourtant, avant même la crise sanitaire, le mouvement des Gilets jaunes avait montré qu’elle cristallisait de nombreuses préoccupations. Les transformations à l’œuvre dans le secteur du logement, comme nos représentations de l’habitat, font ainsi écho à nombre de défis contemporains : l’accueil des migrants, la transition écologique, les jeux du marché, la place de l’État, la solidarité et la ségrégation… Ce dossier, coordonné par Julien Leplaideur, éclaire les dynamiques du secteur pour mieux comprendre les tensions sociales actuelles, mais aussi nos envies de vivre autrement. À lire aussi dans ce numéro : le piège de l’identité, la naissance du témoin moderne, Castoriadis fonctionnaire, le libéralisme introuvable, un nouveau Mounier et Jaccottet sur les pas d’Orphée.