Mélancolie, Munch, 1892
Dans le même numéro

Du vieillir

Le vieillissement n'est pas une expérience propre aux personnes âgées. Car on vieillit à tout âge et dès le début de notre vie. Alors que la réflexion philosophique a multiplié les traités sur « la vieillesse », le changement que le temps produit en nous doit aussi nous retenir comme tel. Mais peut-il faire l'objet d'une sagesse ?

Notre propos est de dissoudre la notion de vieillesse en en dénonçant son inconsistance ontologique, ainsi que l’usage politique et social qui en est fait. Celle-ci a été trop souvent pensée en Europe comme catégorie sui generis, opposée à une autre, la jeunesse, comme si ces catégories de l’esprit existaient séparément l’une de l’autre, mais ne pouvaient en même temps être comprises que l’une par l’autre. Première contradiction révélant sans doute qu’elles sont moins des catégories, que deux pôles entre lesquels oscille continûment le mouvement de la vie. Deux pôles plutôt que deux âges distincts, car, comme les saisons, ils n’émergent pas soudain dans le temps comme dans l’espace sans que l’un, contenant déjà l’autre au travail, l’enchâssant, ne lui cède peu à peu la place. Ce « peu à peu » assure une continuité en creusant une différence : la continuité d’une variation, la scansion d’un écoulement. La différence serait plutôt celle de degrés d’intensité : à la jeunesse seraient attachées une animation, une vivacité synonyme de vit

Lecture réservée aux abonnés : L'indépendance d'Esprit, c'est grâce à vous !

Guy Samama

Professeur agrégé de philosophie, directeur de la rédaction de la revue Approches.

Dans le même numéro

Bien vieillir : quels choix collectifs ?
La polémique du "soin mutuel"
Les retraites, la politique des âges et l'équité entre les générations
Le vieillissement et les dépenses de santé
Quelle prise en charge médicale pour la dépendance ?