Film Minority Report (2002) | DR
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Le paradoxe de Zadig

Big data et sécurité

Dans le conte philosophique de Voltaire, on peut lire un exemple du paradoxe de la prévention des crimes annoncés. Pour le résoudre, il faut tenir compte de l’effet de la prophétie sur l’événement prophétisé. Ainsi pour la catastrophe écologique.

La prévention des crimes annoncés mène à l’un des plus vieux paradoxes pragmatiques auquel se heurte l’humanité depuis qu’elle se pose des problèmes éthiques. À l’ère des big data et du deep learning[1], ce paradoxe trouve à s’incarner dans des institutions nouvelles.

Un très ancien paradoxe

Sans remonter aux Anciens ni à la Bible, on en trouve une version particulièrement efficace dans Zadig, le conte philosophique que Voltaire a concocté pour tourner en dérision la théodicée de Leibniz. Lorsque le héros éponyme voit l’ermite qui l’accompagne dans ses pérégrinations assassiner le neveu de leur hôtesse de la veille, il est effaré. Comment, se révolte-t-il, tu ne trouves point d’autre récompense pour la générosité de notre bienfaitrice que ce crime affreux ? À quoi l’ermite, qui n’est autre que l’ange Jesrad, le porte-parole du système leibnizien, répond : si ce jeune homme avait vécu, il aurait tué sa tante dans un an puis, l’année d’après, il t’aurait assassiné, Zadig. Comment le sais-tu ?, s’écrie celui-ci. La réponse :

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Jean-Pierre Dupuy

Ingénieur et philosophe, il enseigne à l’université de Stanford. Il a récemment publié La Guerre qui ne peut pas avoir lieu. Essai de métaphysique nucléaire (Desclée de Brouwer, 2019).

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Là où nos sociétés connaissent des tensions, là aussi travaille le langage. Le dossier d’Esprit (décembre 2019), coordonné par Anne Dujin, se met à son écoute, pour entendre l’écho de nos angoisses, de nos espoirs et de nos désirs. À lire aussi dans ce numéro : les déçus du Califat, 1989 ou le sens de l’histoire et un entretien avec Sylvain Tesson.